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Intervenir en Syrie ne diminuerait pas forcément le nombre de civils tués

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.08.2013 à 12 h 13

Sur le site d’un bombardement des forces de Bachar el-Assad à Alep le 26 août 2013, REUTERS/Molhem Barakat

Sur le site d’un bombardement des forces de Bachar el-Assad à Alep le 26 août 2013, REUTERS/Molhem Barakat

Le gouvernement britannique a présenté mercredi 28 août un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour autoriser «toutes les mesures nécessaires en vertu du chapitre VII de la charte de l'ONU pour protéger les civils contre les armes chimiques».

Si les membres du conseil de sécurité n’ont finalement pas réussi à trouver un accord autour du texte, son énoncé pose une question de première importance: une intervention occidentale contre le régime de Bachar el-Assad réduirait-elle vraiment le nombre de civils tués dans le conflit?

Aux Etats-Unis, certains en doutent. Le sénateur démocrate Chris Murphy, qui siège au comité des Affaires étrangères du Sénat, a ainsi confié au Los Angeles Times son inquiétude qu’une intervention pourrait entraîner «des pertes de vie encore plus importantes en Syrie».

Selon les chercheurs Reed Wood, Jacob Kathman et Stephen Gent, qui ont publié l’année dernière une étude intitulée «Intervention armée et victimes civiles», ces craintes sont justifiées. Le blog académique The Monkey Cage, qui a repéré l’étude, résume ainsi ses résultats:

«Ils [les chercheurs] ont trouvé que les interventions militaires en faveur des factions rebelles (par opposition aux interventions pro-gouvernementales ou neutres) ont tendance à augmenter le nombre de civils tués par les gouvernements d’environ 40%.»

Capture d'écran de l'étude, page 656

Les chercheurs expliquent que «quand un acteur du conflit s’affaiblit par rapport à ses adversaires, il emploie des tactiques de plus en plus violentes contre la population civile pour essayer de transformer le paysage stratégique à son bénéfice». Ils concluent:

«Soutenir la quête de victoire d’une faction sur son adversaire peut avoir la conséquence involontaire d’inciter l’adversaire à des violences plus intenses contre la population. C’est pourquoi les tiers ayant comme objectif la stabilité doivent garder à l’esprit les conséquences potentiellement coûteuses de s’opposer à des groupes meurtriers.»

Cela ne signifie pas que toutes les interventions sont des échecs, comme le souligne Matthew Yglesias sur Slate.com. Mais cette réalité historique est à étudier très sérieusement avant de se faire un avis sur la question d’une intervention militaire.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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