Le mouvement de la marine américaine en Méditerranée annonce-t-il une attaque des Etats-Unis sur la Syrie?

Après les combats à Homs, à la lisière du pays alaouite. REUTERS

Après les combats à Homs, à la lisière du pays alaouite. REUTERS

CBS News rapporte que les Etats-Unis «font les préparatifs initiaux pour une attaque missile sur les forces du gouvernement syrien». Plus précisément, le commandant des forces navales américaines en Méditerranée a ordonné aux navires de guerre de la flotte américaine de se rapprocher de la Syrie afin de se préparer à une attaque éventuelle. Le général Martin Dempsey devrait présenter ce samedi les différentes options en vue d’une attaque à la Maison Blanche. Au moment où cet article était écrit, aucun autre média ne rapportait ces préparatifs. 

Une saine dose de prudence doit ici s’appliquer. Se préparer à une éventuelle attaque n’est pas la même chose que de prévoir une attaque. En dépit des preuves attestant d’une attaque chimique de grande ampleur cette semaine,  Barack Obama semble extrêmement rétif à l’idée d’intervenir en Syrie, expliquant même à CNN vendredi matin que «des informations étaient encore en phase d’être rassemblées à propos de cet événement spécifique» et que «si les Etats-Unis se lancent et attaquent un autre pays sans mandat des Nations Unies, et sans preuve manifeste de ce qui s’est passé, des questions se posent alors quant à savoir si le droit international peut soutenir cette intervention».

Il est probable que repositionner les navires est simplement un peu de dramaturgie, destinée à convaincre le président syrien Bashar el-Assad que les Etats-Unis ne plaisantent pas. Aucune des étapes de l’escalade progressive annoncées par les Etats-Unis depuis qu’Obama a déclaré que l’utilisation d’armes chimiques représentait «la ligne rouge» ne semble avoir eu un impact énorme sur l’attitude du régime, mais peut-être que les Etats-Unis espèrent que les navires armés vont enfin faire passer le message.

Comme je l’expliquais mercredi, la stratégie d’Assad vis-à-vis de la communauté internationale semble être la suivante: du moment que l’intensification du carnage est progressive, la forte opposition des pays européens à une intervention le mettent à l’abri. C’est un pari qui jusqu’à présent lui a bien réussi. Obama est manifestement très réticent à intervenir et semble ne l’être que de plus en plus au fur et à mesure que le conflit s’éternise et que la nature des forces rebelles est de plus en plus incertaine. Mais comme Mouammar Kadhafi l’a compris il y a deux ans, le président américain a néanmoins des limites.

Au cas où ce repositionnement des bateaux serait effectivement un prélude à une intervention, il semble important de noter que les terribles dégâts causés sur les infrastructures syriennes, l’arrivée de combattants étrangers dans le pays, et l’internationalisation progressive du conflit, rendraient les conséquences d’une intervention bien plus désordonnées qu’elles ne l’auraient été il y a deux ans. Surtout, si Assad est acculé, il pourrait bien être encore plus susceptible d’utiliser les pires armes dont il dispose. 

Joshua Keating

Traduit par C.P.