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Comment sera traitée Chelsea Manning en prison?

Amanda Hess, mis à jour le 23.08.2013 à 17 h 15

En faisant son coming out de femme transgenre, Chelsea Manning –anciennement Bradley Manning– est devenue la détenue trans la plus célèbre des Etats-Unis. Pourtant, elle devrait être envoyée dans une prison pour hommes...

La prison militaire de Leavenworth, au Kansas REUTERS/U.S. military barracks public affairs department

La prison militaire de Leavenworth, au Kansas REUTERS/U.S. military barracks public affairs department

Ce jeudi Chelsea Manning –jusqu'à jeudi appelée Bradley Manning– a fait son coming out de femme transgenre, au lendemain de sa condamnation à 35 ans de prison pour avoir fait fuité des documents militaires classifiés à WikiLeaks.

Dans un communiqué, Chelsea Manning a demandé à ce que «à partir d’aujourd’hui, vous parliez de moi avec mon nouveau nom» –Chelsea donc– «et en utilisant les pronoms féminins».

Une exception existe précise-t-elle: dans «les courriers officiels envoyés à la prison», Chelsea Manning s’appellera toujours «Bradley». Là-bas, elle sera un «il».

Manning doit purger sa peine à la prison militaire de Fort Leavenworth, dans le Kansas. C’est une prison non-mixte, destinée aux hommes; les femmes détenues militaires sont logées au Naval Consolidated Brig Miramar, à San Diego en Californie.

Même si Chelsea Manning et son avocat ont dit espérer qu’elle commence sa transition physique en prison, un porte-parole de l’armée a dit qu’elle n’aurait pas accès à la thérapie hormonale ni à la chirurgie de réattribution sexuelle.

Certaines juridictions en Amérique imposent désormais aux prisons de fournir une thérapie hormonale aux détenus transgenres dans le cadre de leurs soins médicaux quotidiens, mais Leavenworth n’a pas d’obligation de faire de même.

Il semble que Leavenworth compte traiter Chelsea Manning comme un homme.

Risques d'agression

C’est un problème pour Manning, mais ça pourrait aussi finir par être un problème pour la prison. En tant que femme transgenre vivant dans une prison pour hommes, on n’empêchera pas seulement Manning d’avoir accès à une thérapie hormonale.

Elle courra également un risque élevé de harcèlement et d’agression sexuelle de la part des autres détenus et des employés. Une étude de 2006 sur les prisons californiennes a montré que les femmes transgenres hébergées dans des prisons d’hommes ont 13 fois plus de chances d’être agressées sexuellement que les autres prisonniers.

Cette année-là, 59% des femmes trans dans le système carcéral ont été agressées. Et Just Detention International, une organisation dédiée à mettre une fin aux agressions sexuelles en prison, note que «ciblées pour des agressions, la majorité des survivantes transgenres sont agressées sexuellement à plusieurs reprises».

Ces deux dernières décennies, des lois donnent aux prisons la responsabilité d’empêcher ces attaques. Après qu’une femme trans appelée Dee Farmer a été violée et battue de manière répétée dans une prison pour hommes dans l’Indiana, elle a fait parvenir son affaire jusqu’à la Cour Suprême.

La décision de 1994 de la cour a estimé que «l’indifférence délibérée» de l’administration quant aux agressions sexuelles de prisonniers sous leur responsabilité était anticonstitutionnelle. En 2003, le Congrès a voté une loi intitulée «Prison Rape Elimination Act» pour lutter contre le viol en prison.

Bien que son application se fasse très lentement, la loi requiert que les prisons prêtent –entre autres choses– une très grande attention en assignant leur résidence aux détenus transgenres, afin de réduire le risque d’agression. Cela revient souvent à respecter l’identité sexuelle donnée par le ou la détenu(e).

D’après le Centre National pour l’Egalité Transgenre, les décisions «doivent être prises au cas par cas» et «ne peuvent pas être seulement prises sur la base de l’anatomie ou du genre assigné à une personne à sa naissance». Les opinions du détenu transgenre «sur sa sécurité personnelle doivent être prises en compte sérieusement», et «les décisions doivent être réexaminées au moins deux fois par an». Se contenter de placer le détenu en danger en isolement pour éviter d’avoir à gérer le problème de son identité sexuelle n’est pas une option acceptable.

Nous ne savons pas encore comment Leavenworth gèrera l’identité sexuelle de Chelsea Manning. Elle vient seulement de faire son coming out public.

Mais quoi que fasse la prison, on en entendra parler, parce que Chelsea Manning est désormais la prisonnière transgenre la plus célèbre des Etats-Unis. Son avocat s’est engagé à se battre pour qu’elle soit traitée humainement en prison.

Espérons que son exemple –et celui de ses avocats– aidera à mettre en avant les problèmes auxquels les détenus transgenres partout dans le pays sont confrontés.

Amanda Hess

Traduit par C.D.

Amanda Hess
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Journaliste
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