Allemagne / Monde

Ce que la Stasi savait de Peer Steinbrück, le candidat SPD à la chancellerie

Temps de lecture : 2 min

Peer Steinbrück, le 5 avril 2013 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer.
Peer Steinbrück, le 5 avril 2013 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

Le candidat du SPD à la chancellerie, Peer Steinbrück, a tenu sa promesse: une copie du dossier que la Stasi avait ouvert à son nom a été mise en ligne sur son site personnel hier soir, rapporte le tabloïd Bild. Suite à la publication d'un article dans l'édition dominicale de Die Welt qui insinuait que le candidat socialiste était un ancien informateur de la police politique d'ex-RDA, Peer Steinbrück avait annoncé quelques heures plus tard vouloir fournir la preuve de sa probité. Dans le communiqué qui accompagne le dossier d'une cinquantaine de pages à télécharger, il explique sa démarche de transparence sur son site:

«Non seulement les représentants des médias mais toutes les citoyennes et tous les citoyens que cela intéresse doivent pouvoir regarder les documents et se faire leur propre opinion.»

Le candidat du SPD semble avoir tiré des leçons du passé, note Der Spiegel, un brin narquois, rappelant qu'à l'automne dernier, il avait fait l'objet de vives critiques pour avoir refusé de révéler les revenus qu'il touchait en dehors de son mandat politique.

Steinbrück précise un peu plus loin que la lecture de son dossier lui a seulement permis «d'apprendre enfin qui était la personne qui [l]'avait espionné lors de [s]es visites en RDA». Il s'agit du mari de sa cousine, l'acteur allemand Lutz Riemann, qui officiait en secret pour la Stasi sous le nom de code «Roi Richard». Peer Steinbrück réaffirme enfin que «ni la Stasi ni d'autres services secrets n'ont essayé de prendre contact» avec lui, faisant référence aux suppositions de Die Welt selon lesquelles il aurait peut-être eu des liens avec le KGB.

La lecture du dossier que tenait la Stasi sur Peer Steinbrück, bien qu'aucune information compromettante pour le candidat n'y figure, donne une idée précise des méthodes employées par la police politique pour recueillir des informations et de la paranoïa qui régnait alors. Les lettres que Peer Steinbrück échangeait avec sa cousine ont par exemple été relues. Les discussions qu'il avait avec ses proches ont été rapportées.

Dans un rapport dactylographié du 29 janvier 1981 signé d'un haut fonctionnaire de la Stasi, les dates de séjour de Peer Steinbrück en ex-Allemagne de l'Est sont soigneusement rapportées, et ses courriers sont cités selon la date à laquelle ils ont été postés. Un des passages du rapport s'intéresse aux convictions politiques du futur dirigeant:

«Lors des discussions, il se présente comme marxiste. Il est sans équivoque un représentant de la théorie de l'influence du socialisme démocratique du SPD de l'Allemagne fédérale. Il rejette le socialisme qui existe réellement en RDA, qu'il désigne comme un socialisme soviétique. D'une façon hostile, il désigne l'impérialisme comme représentant les intérêts des grandes puissances et manifeste que le socialisme existant réellement en RDA n'aurait plus rien à voir avec les théories de Marx, Engels et Lénine.»

Ce à quoi le candidat du SPD répond, trente ans plus tard:

«Sa dénonciation selon laquelle je serais marxiste est au mieux digne d'un mauvais cabaret politique.»

Annabelle Georgen

Annabelle Georgen Journaliste

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