« article précédent

article suivant »

Crimes racistes en Allemagne: un rapport pointe la «défaite honteuse» de la police

Le bureau de Beate Zschäpe lors de son procès à Munich, le 13 juin 2013. REUTERS/Christof Stache/Pool

Alors que la criminelle néonazie Beate Zschäpe continue de garder le silence sur sa participation présumée à la série de meurtres racistes commis par la cellule terroriste NSU, la lumière vient d'être faite hier sur les errements de la police allemande durant l'enquête, rapporte le quotidien Berliner Zeitung. La commission indépendante chargée d'enquêter sur ce fiasco policier a présenté, jeudi 22 août, son rapport au Bundestag. Verdict: la conduite de l'enquête s'avère être «une défaite honteuse des services de sécurité et d'enquête».

Il est reproché aux différents services de police et de renseignement intérieur d'avoir bâclé leurs enquêtes et de ne pas avoir suffisamment travaillé de manière coordonnée. Ainsi, pendant de longues années, de 2000 à 2007, le trio néonazi de la NSU a pu commettre dix meurtres sans être inquiété. Neuf de leurs victimes étaient d'origine turque et grecque, la dixième étant une policière allemande.

Comme l'écrivent les auteurs du rapport:

«De graves négligences administratives et des erreurs sont apparues de façon évidente, tout comme un manque d'organisation allant jusqu'à la défaillance dans les administrations du Bund et des Länder, en particulier en ce qui concerne l'échange d'informations, la capacité d'analyse, le choix des membres du personnel et l'établissement des priorités.»

Les plus grandes critiques vont aux services du renseignement intérieur:

«L'analyse des services de l'Office fédéral de protection de la Constitution au niveau du Bund et dans les Länder était fausse et grossièrement minimisante.»

Lorsque des enquêteurs de l'Office de police criminelle de Bavière ont par exemple émis l'hypothèse que cette série de meurtres avait un caractère raciste, la direction du BKA, l'Office fédéral de police criminelle, leur a ri au nez en les accusant de «lire dans le marc de café».

Malgré toutes les erreurs et les pannes pointées par la commission, il n'y a aujourd'hui aucun élément qui laisserait penser que les services de police et de renseignement seraient liés de quelque façon que ce soit à cette série de meurtres, autrement dit que certains fonctionnaires de police auraient aidé le trio à rester dans l'ombre. À une exception près:

«Cette constatation n'est pas valable en ce qui concerne les informateurs du milieu d'extrême droite placés sous la direction des services de sécurité.»

La commission est en effet très critique vis-à-vis de l'emploi des «V-Leute», des informateurs recrutés au sein des milieux néonazis, qui ne livrent à la police que les informations qu'ils jugent inoffensives vis-à-vis des leurs.

Pour éviter qu'un tel fiasco ait à nouveau lieu, elle exige que les services de police soient à l'avenir tenus de vérifier, en cas d'actes de violence commis à l'encontre de personnes étrangères ou d'origine étrangère, si ces actes ont un mobile raciste ou politique, rapporte le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Certaines fractions du Bundestag, tels les Verts ou le parti d'extrême gauche Die Linke, réclament une interdiction d'employer des informateurs au profit d'agent infiltrés.

1 réaction

« article précédent

article suivant »

LU SUR...
OUTILS
> taille du texte