Double XMonde

Appelez-la Chelsea Manning, dès maintenant

Amanda Marcotte, mis à jour le 22.08.2013 à 18 h 31

Bradley Manning est escorté devant le tribunal militaire de Fort Meade dans le Maryland, le 18 juillet 2013. REUTERS/Jose Luis Magana.

Bradley Manning est escorté devant le tribunal militaire de Fort Meade dans le Maryland, le 18 juillet 2013. REUTERS/Jose Luis Magana.

Ce jeudi, Bradley Manning –désormais Chelsea Manning– a publié un communiqué déclarant que, maintenant que son procès était enfin terminé, elle voudrait adopter son identité de femme et poursuivre sa vie de cette façon.

Cette annonce n'était pas une surprise pour ceux qui ont suivi l'affaire de près, et savent que Chelsea Manning était en transition transgenre avant son arrestation.

Cette annonce, cependant, force les médias à se poser une question qu'ils évitaient autant que possible jusqu'à ce matin: comment se référer au genre de Chelsea Manning d'une façon qui respecte le droit des individus à déterminer leur propre identité genrée tout en permettant à vos articles et reportages de rester clairs?

Après tout, Bradley Manning est une figure controversée et célèbre, qui a soulevé beaucoup de questions gênantes sur la sécurité nationale et les droits de l'Homme. Chelsea Manning, en revanche, n'est pas un nom célèbre du tout.

Le gouvernement américain n'a eu aucun mal à réserver à Chelsea Manning un traitement abominable qui teste les limites –beaucoup diraient qu'il explose les limites– des droits de l'homme auquels ont droit les prisonniers avant leur procès. Il n'est donc pas étonnant que sa capacité à explorer son identité sexuelle, et encore plus à affirmer son droit d'être traitée comme une femme, a été limitée.

Mais cette question mise en veilleuse est désormais au premier plan, et les médias grand public doivent décicder: après des années à appeler Manning par le prénom «Bradley» et en utilisant des pronoms masculins, que faire?

La transition est déjà maladroite. Plus tôt dans la journée, le titre que le New York Times a donné à une dépêche de Reuters publiée sur son site a évité l'utilisation de pronoms genrés: «Manning dit est une femme et veut vivre comme une femme» («Manning Says Is Female and Wants to Live as a Woman»).

Clarifier la grammaire pour un titre mis à jour a empiré la situation: «Manning dit qu'il est une femme et veut vivre sa vie comme une femme». Si «il» est une femme, le mot approprié n'est-il pas «elle»? Manning a enfin eu une chance d'exprimer sa préférence genrée. Puisque la plupart des journalistes sentaient que cela allait venir, utiliser la confusion ou la surprise comme excuse pour ces titres n'est pas une option.

Le but ici devrait être d'arrêter aussi vite que possible de parler de Manning avec un prénom et des pronoms masculins pour passer à un prénom et des pronoms féminins. Plus vite les journalistes arrêtent d'écrire «Bradley» et commencent à écrire «Chelsea», plus vite tous ceux qui suivent l'affaire s'adapteront, et adapteront même leurs requêtes Google.

Un gros titre qui évite toute référence au genre pour indiquer qu'on en est à une étape est compréhensible, mais avec cette annonce, Chelsea Manning elle-même a donné à tout le monde un moment simple pour s'arrêter de dire «il» et dire «elle» à la place.

Même si vous n'êtes pas d'accord avec les actions de Chelsea Manning et pensez qu'elle mérite la sentence qu'elle a reçue, son identité sexuelle n'a rien à voir avec ses crimes. La plupart des personnes n'ont pas à faire leur transition en étant aussi scrutées que Manning.

Si nous faisons tous ce changement gracieusement, nous aiderons à rendre les choses légèrement plus faciles pour elle.

Amanda Marcotte

Traduit par C.D.

Amanda Marcotte
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