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Le mémo secret du PC chinois contre la démocratie à l'occidentale

Temps de lecture : 2 min

Xi Jinping à Pékin. REUTERS/Jason Lee.
Xi Jinping à Pékin. REUTERS/Jason Lee.

Le pouvoir chinois lance une offensive idéologique dans ses rangs. Le New York Times nous apprend qu’en avril dernier, les leaders du Parti ont diffusé un mémo secret, surnommé le «Document numéro 9», qui n’a pas été rendu public, mais dont le quotidien américain a pu voir une copie et la faire authentifier par plusieurs sources.

Et voilà ce qu’il dit: pour se maintenir au pouvoir, le Parti doit éradiquer sept courants subversifs, susceptibles de mettre en danger le régime. Entre autres, «la démocratie constitutionnelle occidentale», les «valeurs universelles» des droits de l’homme ou encore «les notions occidentales de liberté de la presse et de participation civique».

«Notre sphère idéologique est constamment infiltrée par des forces occidentales hostiles à la Chine et par des dissidents au sein de notre pays», déplore également le document.

Depuis la diffusion de cette circulaire, les médias et sites web dirigés par le Parti se sont attaqués avec beaucoup de véhémence aux notions de constitutionalisme et de société civile. Pourquoi lancer une telle contre-offensive idéologique, alors que Xi Jinping, le président chinois actuel, s’est souvent présenté comme un défenseur de la Constitution chinoise?

Un court mouvement de manifestations au début de l’année, au sud de la Chine, pourrait être à l’origine de ce mémo. En janvier 2013, des protestations s’étaient ainsi élevées à Guangzhou, lorsqu’un agent de propagande avait entièrement réécrit un édito de presse. Ce dernier prônait au départ le constitutionnalisme, mais à la place, les lecteurs du Southern Weekly avaient trouvé dans leur journal un texte de propagande communiste. Ces événements auraient donc incité le nouveau leader, en place depuis le 14 mars, à condamner une bonne fois pour toutes la suprématie de la Constitution. Une position qui ne plait pas beaucoup aux libéraux du pays...

Dans un portrait publié sur Slate en novembre dernier, John Garnaut décrivait Xi Jinping comme «un politicien habile, capable de séduire toutes les circonscriptions électorales clés, mêmes celles aux intérêts et aux idéologies irréconciliables. Il a su jouer la carte anti-occidentale et la carte maoïste tout en défendant l’entreprise privée et en envoyant sa fille Xi Mingze étudier sous un faux nom à Harvard».

Mais selon l’historien Xiao Gongqin, interrogé par le New York Times, ce grand écart pourrait précisément poser des problèmes à Xi Jinping. Car si le leader de la deuxième puissance mondiale souhaite moderniser l’économie chinoise, ces changements pourraient être violemment rejetés par les conservateurs du pays, pour l'instant très satisfaits du revirement idéologique prôné par le mémo:

«Maintenant les communistes orthodoxes exultent, alors que les libéraux sont découragés et mécontents. Les ramifications sont très graves, car cela affecte les classes moyennes et les réformateurs modéres —les intellectuels et les entrepreneurs. Il est possible que cette situation dérape, et cela ne risque pas de contribuer à la stabilité politique que le gouvernement central souhaite atteindre.»

Anaïs Bordages Journaliste

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