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Le candidat du SPD Peer Steinbrück obligé de se défendre sur son passé en Allemagne de l'Est

Annabelle Georgen, mis à jour le 19.08.2013 à 17 h 48

Peer Steinbrück, le 5 avril 2013 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

Peer Steinbrück, le 5 avril 2013 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

Après Angela Merkel et son engagement au sein de la Jeunesse libre allemande, c'est désormais au tour de son rival Peer Steinbrück (SPD) d'avoir à s'expliquer sur son passé en ex-Allemagne de l'Est. Un mois à peine avant les élections au Bundestag, alors que le SPD est au plus bas dans les sondages avec 23% des intentions de vote contre 54% pour la CDU, Steinbrück se trouve malgré lui au cœur d'une polémique sortie de derrière les fagots suite à la publication, dimanche 18 août, dans le quotidien Die Welt d'un article sur son supposé passé d'informateur pour la Stasi, la police politique de la dictature communiste. Peer Steinbrück nie tout lien avec la police politique d'ex-RDA et a annoncé qu'il allait mettre en ligne ces prochains jours le contenu du dossier que la Stasi avait ouvert à son nom pour prouver sa bonne foi.

Bien que Peer Steinbrück n'a jamais été un citoyen de l'ex-RDA, il s'y est rendu maintes fois dans les années 1970 pour y voir sa tante et sa cousine. Le mari de cette dernière, Lutz Riemann, était un acteur célèbre en Allemagne de l'Est. Quand il n'était pas sur les planches ou face à la caméra, celui officiait en secret comme IM (Inoffizieller Mitarbeiter, employé non officiel) sous le nom de code «Richard König» (Roi Richard) auprès de la Stasi. À l'époque, Peer Steinbrück faisait déjà carrière au sein du SPD, ce qui faisait sûrement de lui une personnalité intéressante pour la Stasi, supposent les journalistes de Die Welt:

«Riemann dit qu'il a refusé d'espionner Steinbrück, le cousin de sa femme. L'a-t-il fait?»

Durant quelques mois de l'année 1981, Peer Steinbrück a même travaillé à la délégation de la RFA à Berlin-Est. Un épisode de sa carrière qu'il n'hésite pas à évoquer, en faisant même un atout politique, comme récemment dans une interview publiée dans l'hebdomadaire Die Zeit:

«Je suis certainement le seul homme politique d'Allemagne de l'Ouest qui a vécu à Berlin-Est bien avant la chute du Mur.»

Les recherches menées par les journalistes de Die Welt auprès des archives de la Stasi ont révélé qu'une autre fiche se trouvait dans le même dossier que celui de «Richard König»: celle d'un informateur répondant au nom de «Nelke» (oeillet, clou de girofle) et qui porte le même numéro qu'une autre fiche portant le nom de Peer Steinbrück. Étrangement, les deux fiches sont vides. Lutz Riemann affirme de son côté que le candidat du SPD n'a jamais travaillé comme informateur pour la Stasi.

Pour l'expert de la Stasi Hubertus Knabe, cité dans un autre article de Die Welt, les suppositions du journal ne sont pas fondées et la présence de ce dossier indique seulement que la Stasi avait pour intention de recruter Peer Steinbrück. Le fait que les informations le concernant n'aient pas été archivées est par contre étonnant selon lui:

«Soit la Stasi avait des raisons de garder espoir [de recruter Peer Steinbrück, NDLR]. Ou bien elle voulait éviter qu'aucun autre employé de la Stasi ne s'occupe de Steinbrück —par exemple parce que le KGB l'avait à l'oeil. Ou bien c'est seulement par négligence que les directives internes n'ont pas été appliquées.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (342 articles)
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