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Guerre froide: ce n’est pas Poutine mais Obama le responsable

Temps de lecture : 2 min

Barack Obama, le 19 juillet 2013. REUTERS/Larry Downing
Barack Obama, le 19 juillet 2013. REUTERS/Larry Downing

Les voies discordantes et critiques sont assez rares aux Etats-Unis tandis que les relations avec la Russie de Vladimir Poutine se dégradent. Barack Obama, qui a accumulé au cours des dernières années les échecs diplomatiques avec la Syrie, l’Egypte, Israël, l’Iran, la Chine, la Corée du nord, la Libye... est salué presque unanimement pour avoir enfin fait preuve de fermeté face à l’autocrate de Moscou et avoir annulé un sommet bilatéral prévu au début du mois de septembre en marge du G20.

Mais Julia Ioffe, spécialiste de la Russie et éditrice du magazine New Republic, montre en replaçant les événements dans leur contexte que la situation est avant tout la conséquence des errements de l’administration Obama. Il ne s’agit pas, précise-t-elle, de défendre Poutine, son régime autoritaire, la chasse en Russie aux journalistes, aux opposants et aux homosexuels et son soutien inconditionnel au boucher de Damas et aux mollah nucléaires de Téhéran, mais de montrer l’incohérence et les errements de l’administration américaine.

La journaliste conteste d’abord la thèse selon laquelle la Russie a préparé et planifié la confrontation avec les Etats-Unis via l’affaire Edward Snowden. Elle explique que Vladimir Poutine, contrairement à l’image de grand stratège qui en est donné aux Etats-Unis et en Europe, n’est pas un joueur d’échecs et un planificateur, mais qu’il réagit aux évènements.

«C’est un petit tyran qui agit par instinct

Et surtout, Moscou n’est pas à l'origine de l’affaire Snowden. Elle a été créée de toute pièce par le gouvernement américain et Julian Assange (Wikileaks) qui a envoyé Snowden de Hong-Kong en Equateur (qui lui offrait l’asile) via Moscou.

L’administration Obama a ensuite bloqué Snowden en Russie. Les Etats-Unis ont engagé des poursuites contre lui pour espionnage (passible de la peine de mort) avant même de l’avoir arrêté, ont révoqué son passeport et ont même fait intercepter le 2 juillet l’avion d’un chef de l’Etat d’un pays souverain, Evo Morales le président bolivien, au-dessus de l’espace aérien autrichien et interdire le survol de la France, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal dans la crainte que Snowden ne se cache dans l’appareil.

La Russie est un pays dangereux, n’est pas un Etat de droit, mais ne pratique pas la peine de mort. Et il a déjà fallu plus d’un mois à l’administration américaine pour assurer la Russie qu’en cas d’extradition Snowden ne serait pas exécuté.

Maintenant sur le fond, si un Edward Snowden russe, qui dénonce les agissements attentatoires de son gouvernement aux libertés individuelles sur toute la planète, atterrissait à New York ou Washington, il est inimaginable que les Etats-Unis le mette dans un avion pour Moscou.

Vladimir Poutine ne peut pas perdre la face à ce point-là. C’est de la diplomatie élémentaire. On ne peut pas mettre publiquement l’autocrate dans une situation où sa seule option est de céder aux demandes de Washington. L’administration Obama s’est fourvoyée. Quand elle a voulu à l’été 2010 régler la question du réseau de 10 espions dormants implantés sur le sol américain par l’ex-URSS, elle a procédé à un échange discret de prisonniers avec la Russie à Vienne dans la grande tradition de la guerre froide.

Pour Léon Aron, le directeur des études russes du think tank conservateur American Enterprise Institute qui s’exprime dans Politico, la Russie est sensible aux pressions et un compromis aurait pu être trouvé au sujet de Edward Snowden. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi Moscou a mis presque un mois et demi à accorder l’asile à Snowden. Mais ces pressions doivent s’exprimer lors de rencontres discrètes et ne pas se transformer en ultimatum.

Slate.fr

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