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Deux enfants (peut-être) condamnés à ne jamais parler de gaz de schiste

Anaïs Bordages, mis à jour le 06.08.2013 à 17 h 21

Un site d'extraction de gaz de schiste, dans la province de Sichuan en Chine. REUTERS/Stringer Shanghai.

Un site d'extraction de gaz de schiste, dans la province de Sichuan en Chine. REUTERS/Stringer Shanghai.

Lorsque les Hallowich ont attaqué en justice une compagnie de forage qui polluait leur ferme de Mount Pleasant, en Pennsylvanie, et nuisait à la santé de leurs enfants, ils ne savaient pas que l’affaire aurait de telles répercussions. A la suite d’un arrangement amiable, les parents se sont vus verser 750.000 dollars d’indemnités pour une nouvelle maison, en échange de leur silence –et de celui de leurs enfants, raconte The Guardian.

En acceptant l’argent, la famille américaine s’est engagée à ne plus parler, en aucune circonstance, ni de cet accord, ni de la compagnie qu’elle a attaquée, ni de fracturation hydraulique. Cela peut sembler surprenant, mais ces «obligations de silence», ou «gag orders» en anglais, sont très courantes dans ce genre d’affaires.

Comme l’explique un article du site AlterNet, ceci n’est que le dernier exemple en date d’une stratégie redoutable, mise en place par les compagnies de forage pour réduire au silence tous ceux qui auraient souffert de leurs activités. Selon l’auteur, ces affaires se résument à «un choix entre recevoir une compensation financière pour les dégâts causés à leur santé (...), ou dénoncer publiquement les abus qui ont causé ces dégâts. Puisque personne ne peut se passer d’une compensation, personne ne parle».

Le problème est que cette fois-ci, même les enfants de 7 ans et 10 ans, qu’on n’imagine pas vraiment discuter de fracturation hydraulique à la récré, sont concernés par le verdict. Un cas inédit et légèrement absurde, qui aurait même surpris le juge. Selon la transcription du procès, Stephanie Hallowich, la mère, aurait elle aussi avoué être un peu perturbée par cet accord:

«Ce sont encore des mineurs. Je ne suis pas sûre de bien comprendre. (...) Peu importe où nous emménageons, ils vont se retrouver entourés d’autres enfants qui ont grandi dans cette industrie (...) Et s’ils prononcent l’un de ces mots illégaux lorsqu’ils ne sont plus sous notre garde, il sera difficile pour nous de les contrôler.»

Face aux réactions choquées des juristes et des médias, un porte-parole de la compagnie de forage a dit au Post-Gazette que selon lui, l’accord ne s'appliquait pas aux enfants. Une marche arrière de dernière minute, que l'avocat de la famille Hallowich a accueilli avec joie: 

«J'apprends qu'ils viennent de décharger les enfants de cette décision, et j'apprécierais qu'ils mettent ça par écrit. Ce serait un beau geste.»

Mais pour l'instant, l'avocat de la partie adverse reste injoignable, et l'obligation de silence tient toujours. Or, non seulement cet accord est une atteinte à la liberté de parole des enfants, garantie par le Premier amendement de la Constitution américaine, mais il risque également de leur poser problème le jour où, en cours de SVT, ils devront répondre à une question sur le gaz de schiste.

Article mis à jour avec la déclaration du porte-parole de l'entreprise

Anaïs Bordages
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