C'est dans l'actuMonde

Risque terroriste: si al-Qaida est «en fuite», pourquoi reste-t-il si dangereux?

Slate.fr, mis à jour le 06.08.2013 à 12 h 34

Tribunal tribal chargé de résoudre les conflits locaux dans un district de la capitale du Yémen, Sanaa en 2012. REUTERS/Khaled Abdullah.

Tribunal tribal chargé de résoudre les conflits locaux dans un district de la capitale du Yémen, Sanaa en 2012. REUTERS/Khaled Abdullah.

A quoi joue l’administration Obama? La dramatisation autour de l’annonce d’une menace imminente d’attentats à l’étranger et sur le sol américain n’est pas sans rappeler l’utilisation politique pendant des années du risque terroriste par l’administration Bush.

Heureux hasard, les informations proviennent du fameux système Prism de surveillance électronique mondiale des communications dénoncé par Edward Snowden.

L’interception de messages entre le numéro 1 d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, et Nasir al-Wuhayshi, le chef d’al-Qaida dans la Péninsule arabique, serait à l’origine de l’alerte. McClatchy cite une source yéménite selon laquelle un «ordre clair» de lancer une attaque aurait été donné.

Le site Debka et ABC News évoquent eux la possibilité pour des terroristes de se faire sauter avec des engins explosifs dissimulés dans leurs corps et presque indétectables car ne comprenant pas de parties métalliques. Des médecins et des chirurgiens liés à al-Qaida au Yémen auraient développé cette technique et pourraient implanter des bombes dans des corps humains ou ceux d’animaux.

Si cette menace, qui ne s’est pas encore matérialisée, est bien réelle, elle pose un autre problème. Celui de la crédibilité des discours triomphants de la même administration Obama et du Président lui-même annonçant la défaite d’al-Qaida.

On ne ferme pas 22 ambassades et consulats en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie pour faire face à la menace d’une organisation en déroute. Au contraire, l’ampleur des mesures de précaution indique une menace provenant d’un réseau capable de frapper presque n’importe où.

Mardi 6 août, l’administration Obama a même franchi une nouvelle étape en demandant aux ressortissants américains de quitter le Yémen «immédiatement».

Au cours des deux dernières années et plus particulièrement pendant la campagne présidentielle de 2012, l’administration Obama n’a cessé de rassurer les Américains et de leur expliquer qu’al-Qaida était «en fuite» tandis que les experts étaient en général plus prudents et soulignaient le renforcement de nouveaux «territoires islamistes» dans la zone sahélienne, en Irak, en Syrie, en Somalie et au Yémen. En juillet 2011, le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, se déclarait convaincu «d’être à deux doigts d’une défaite stratégique d’al-Qaida».

Un message de Ayman al-Zawahiri

Mais depuis l’attaque du 11 septembre 2012 contre le Consulat américain à Benghazi en Libye qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain Chris Stevens et à trois autres officiels, le discours a un peu changé à Washington. L’administration cherche à distinguer le cœur d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri et ses proches, qui serait réduit à l’impuissance, et les organisations périphériques autonomes qui se renforcent dans la Péninsule arabique, en Irak, en Syrie... Le problème, c’est que le message intercepté donnant l’ordre d’attaque aurait été envoyé par Ayman al-Zawahiri.

Toujours selon le ou les messages interceptés, le ou les attentats devaient se produire dimanche 4 août. Mais selon Katherine Zimmerman, une spécialiste d’al-Qaida du think tank American Enterprise Institute, ils pourraient bien avoir lieu mercredi 7 août. C’est le dernier jour du Ramadan et aussi le 15e anniversaire des attaques d’al-Qaida en 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya et Dar es Salaam en Tanzanie. Et al-Qaida adore les anniversaires.

E.L.

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte