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Ariel Castro: mille ans de prison, en fait, c'est plutôt court

Justin Peters, mis à jour le 02.08.2013 à 9 h 18

Ariel Castro, le kidnappeur tortionnaire de Cleveland, écope d'une peine qui peut nous sembler, à nous Français, absurde. Ce n'est pourtant pas la plus longue.

Ariel Castro / Reuters

Ariel Castro / Reuters

«Il ne sortira jamais, à part dans un cercueil cloué aux quatre coins ou dans une urne funéraire», avait déclaré le procureur du Comté de Cuyahoga au moment de son réquisitoire, et il ne plaisantait pas: non seulement Ariel Castro, le kidnappeur de Cleveland, a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération anticipée, mais cette peine a été assortie d'une peine de prison de 1000 ans, histoire de faire bonne mesure.

Même en considérant la gravité des crimes de Castro, on ne vous en voudra pas si un millénaire en prison vous semble une peine un tant soit peu ridicule, vu qu'Ariel Castro n'est pas Mathusalem. Mais des peines longues jusqu'à l'absurde sont en réalité un élément de base du système judiciaire américain. Et de fait, les 1.000 ans de Castro sont loin d'être la condamnation la plus longue jamais décidée par un tribunal.

Bien évidemment, des condamnations à 1.000 ans de prison ne sont pas si fréquentes. Mais généralement, elles surviennent quand la peine de mort n'est pas possible et parce que les crimes en question sont particulièrement révoltants.

Le meurtrier de masse Richard Speck, qui avait violé et assassiné huit étudiantes infirmières à Chicago en 1966, avait été au départ condamné à mort pour ses crimes. Ensuite, la Cour suprême annula sa condamnation et l'Illinois fut obligé de trouver une autre sentence pour le tueur. En 1972, un juge recondamna Speck à passer entre 400 et 1.200 ans derrière les barreaux. Au final, il n'en passera que 20: il mourut en prison en 1991. 

Si on ne peut pas vous tuer, alors on veut vous voir pourrir sur pieds est une antienne connue des longues condamnations. En 1981, par exemple, un habitant de l'Alabama, Dudley Wayne Kyzer, avait été condamné à mort pour avoir tué sa femme, sa belle-mère, ainsi qu'un autre homme. La peine fut ensuite annulée et Kyzer fut rejugé. «Il n'a pas besoin de pitié. Il n'en a manifesté aucune au cours de ses crimes. Dans cette affaire, cela fait longtemps que Wayne Kyzer a dépassé le droit à la miséricorde», avait déclaré le procureur au jury, qui fut visiblement de cet avis: Kyzer fut condamné à deux perpétuités, assorties de 10.000 ans de prison.

Si cette condamnation fut saluée à l'époque pour son effet dissuasif sur d'éventuels futurs criminels, sur Kyzer, son action ne releva quasiment que du symbolique: en Alabama, la loi dispose que les détenus sont éligibles à la libération conditionnelle «après avoir effectué un tiers de leur peine ou jusqu’à concurrence de dix ans».

Ces très longues condamnations ont aussi un autre objectif: envoyer un message extrêmement clair sur le fait que les prisonniers concernés ne doivent jamais, au grand jamais, recouvrer la liberté. En 1993, un jury de Tulsa, en Oklahoma, condamna deux violeurs à un total de 6.475 années de prison pour avoir enlevé, violé et volé une femme âgée. Le jugement fut ensuite cassé, les hommes furent rejugés et leur peine s'en trouva quintuplée: Darron Bennalford Anderson écopa de 11.250 années de prison et son complice, Allan Wayne McLaurin, 21.250. Trois ans plus tard, un jugement en appel commua la peine d'Anderson à 500 ans.

Ces condamnations extrêmement sévères furent apparemment motivées en réaction à la législation propre à l'Oklahoma qui, à l'époque, faisait équivaloir la perpétuité à 45 années de prison et statuait que la plupart des prisonniers pouvait relever d'un régime conditionnel après 13 à 15 ans passés derrière les barreaux.

La colère contre ce genre de mathématiques carcérales un peu trop indulgentes joua aussi contre Charles Scott Robinson, un violeur d'enfants de l'Oklahoma qui, en 1994, fut condamné à 30.000 ans de prison par un juge qui, selon l'Associated Press, «savait pertinemment que les criminels n'effectuaient qu'une partie de leur peine».

Même si la condamnation de Robinson fut confirmée en appel, l'avis divergent du juge James Lane mit en évidence l'absurdité de la sentence.

«Il y a 30.000 ans de cela, une couverture de glace recouvrait les berges de l'Ohio et du Missouri, avait écrit Lane. Des mammouths laineux, des paresseux géants et autres pigeons voyageurs sentaient sans doute le froid passer. Dans 30.000 ans, l'être humain aura peut-être disparu. Une peine de cette ampleur est, à mon avis, choquante et absurde.»

En parlant d'absurdité, en 1972, un postier espagnol, Gabriel Granados, fut jugé pour avoir failli à  la distribution de 42.768 lettres. Au départ, le ministère public avait envisagé d'enfermer Granados pendant 384.912 ans, soit 9 ans par lettre. (Que la punition soit proportionnelle au crime, après tout!). Au final, le tribunal condamna le postier fainéant à 14 ans et 2 mois de prison. Ce qui pourrait sembler bien sévère pour un délit postal sans violences. Mais vue l'autre option qui s'offrait à lui, Granados s'en est pour le coup très bien sorti.

Justin Peters

Traduit par Peggy Sastre

NDLE: Article mis à jour avec le prononcé de la peine.

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