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Déraillement à Saint-Jacques de Compostelle: faire porter la responsabilité sur le conducteur est sûrement une erreur

Temps de lecture : 2 min

Accident de train près de Saint-Jacques de Compostelle, 24 juillet 2013, Oscar Corral/REUTRERS
Accident de train près de Saint-Jacques de Compostelle, 24 juillet 2013, Oscar Corral/REUTRERS

Mercredi dernier, un train à grande vitesse espagnol a déraillé et s’est écrasé à l’entrée de la ville de Saint-Jacques de Compostelle, faisant 79 morts. Aujourd’hui, le conducteur du train est considéré comme pénalement responsable parce qu’il aurait pris un virage trop vite, provoquant l’accident.

Reuters rapporte que Francisco Garzon, 52 ans, a été mis en examen pour 79 homicides «par imprudence professionnelle». Poursuivre Garzon satisfera peut-être un certain désir des Espagnols de se venger et de trouver un responsable au lendemain de ce désastre. Mais cela crée un mauvais précédent.

Le degré de culpabilité de Garzon n’est pas clair. Il était responsable du train au moment de l’accident, et il aurait reconnu «un moment d’absence» qui l’aurait amené à conduire trop vite dans la courbe fatale. Mais au-delà de ça, plusieurs interrogations demeurent.

La faute est-elle uniquement celle de Garzon? Des dysfonctionnements au niveau de l’équipement ont-ils contribué au désastre? Garzon affirme qu’il avait «besoin de freiner mais ne pouvai[t] pas». Qu’est-ce que cela signifie? C’est le genre de questions qu’une enquête est sensée résoudre, et, dans l’idéal, les autorités espagnoles auraient dû mener ces investigations avant d’accuser Garzon. Au lieu de ça, l’urgente nécessité de trouver un responsable a conduit à une chasse au bouc émissaire.

Quand bien même l’enquête conclurait que tout l’équipement fonctionnait parfaitement et que Garzon avait l’entière responsabilité de l’accident, la question de savoir si cela constitue un dossier civil ou pénal n’est pas claire. L’objectif de poursuites pénales dans des cas comme celui-ci est toujours double: justice pour les victimes, et prévention d’accidents similaires à l’avenir. Mais la poursuite du premier objectif peut rendre difficile l’accomplissement du second.

Comme je l’écrivais il y a deux semaines dans un papier sur les poursuites à l’encontre de Francesco Schettino, le capitaine qui aurait provoqué par sa négligence le naufrage du paquebot Costa Concordia, les poursuites pénales dans ce genre de cas risquent uniquement de rendre les transports de masse plus dangereux, en encourageant les conducteurs à mentir et à dissimuler leurs erreurs, compromettant ainsi les enquêtes post-accidents.

Dans un article de 2010 pour l’International Journal of Applied Aviation Studies, Sidney Dekker écrivait que «les poursuites pénales à l’encontre de professionnels comme les pilotes, les contrôleurs aériens ou les mécaniciens sont de plus en plus perçues comme une menace pour la sécurité. Leurs conséquences [négatives] sur la volonté de témoigner et de révéler des informations relatives à la sécurité ont été vérifiées à plusieurs reprises». En d’autres termes, les poursuites pénales peuvent contribuer à favoriser l’opacité au détriment de la transparence.

Aux Etats-Unis, les opérateurs de transport de masse ne sont généralement poursuivis que s'ils étaient sous l’effet de drogues, ou en train d’envoyer un texto, ou si d’une manière ou d’une autre ils ont fait preuve d’une négligence évidente. Les Etats-Unis n’engageraient probablement pas de poursuites contre un conducteur qui, comme Garzon, allait visiblement trop vite et a simplement oublié d’enclencher le freinage, dans une absence momentanée d’attention ou de jugement. Et je pense que c’est sage.

Justin Peters

Traduit par Margaux Leridon

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