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72% des millionnaires ne se sentent pas riches

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 31.10.2013 à 17 h 57

Business Scum / Montecruz Foto via Flickr CC Licence By

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Alors que certaines professions gagneraient à se faire discrètes pendant quelques temps, rapport à leur cote de popularité, on apprend que la banque d'investissement UBS Wealth Management Americas a réalisé une étude pour nous expliquer que les millionnaires ne se sentent pas riches.

Comme l'écrit ABC News, les investisseurs qui n’ont «qu’un» malheureux million de dollars (environ 750.000 euros) ne sont que moins d’un tiers à se considérer comme riches (28%). Autrement dit, 72% ne se considèrent pas comme riches. Il faut passer à la catégorie des petits multimillionaires, ceux disposant de 1 à 5 millions (environ 3.768.000 euros) de patrimoine financier, pour trouver une majorité de clients s’estimant «riches», mais là encore ils ne sont que 60%.

L’une des plus grandes surprises, écrit UBS, a été de découvrir que quatre investisseurs sur cinq avaient la charge financière de leur enfant ou de parents âgés. Certes, mais n’est-ce pas le cas d’une majorité d’adultes qui travaillent et gagnent de l’argent à la fin du mois?

Plus surprenant encore, c’est parmi les jeunes millionnaires que le pessimisme sur le long terme est le plus marqué: ces derniers ont plus peur que leurs aînés de ne pouvoir financer leurs soins médicaux et leur retraite…

Alors qu’on apprend qu’aux Etats-Unis, quatre personnes sur cinq ont connu des situations de chômage, de quasi-pauvreté ou de dépendance aux aides sociales au moins à un moment de leur vie, le sentiment d’insécurité économique des possédants est-il franchement fondé?

Première explication de ce paradoxe du riche, le contexte d’incertitude des marchés financiers. Comme le souligne Emily Pachuta d’UBS Wealth Management Americas:

«Les gens ont certainement été confrontés à la volatilité du marché, et ils sont conscients qu’il faut une certaine somme d’argent pour avoir le sentiment d'en avoir assez et de ne pas avoir de contraintes financières.»

David Cay Johnston, journaliste financier auteur d’un best-seller en 2003 sur les failles du système fiscal américain et la manière dont les plus fortunés en profitent, n’est pas surpris par ces résultats, comme il l’explique à ABC:

«Il y a toujours des gens autour de vous qui ont plus que vous. D’autre part, avoir 5 millions à Keokuk dans l’Iowa n’est pas la même chose que d'avoir 5 millions à New York, dans la Silicon Valley ou à Seattle.»

Le fric, c’est re-la-tif. Bon courage pour aller l’expliquer à la télé... Résumons cela d’un paradoxe. Dans l’étude UBS, la richesse est définie par les sondés comme «le fait de n’avoir pas de contraintes financières dans ses activités». Mais rien ne définit où s'arrête la «contrainte» et où commence le luxe.

Car comme nous l'expliquions en 2012, le CLEWI (Cost of Living Extremely Well Index), sorte de panier de la ménagère version luxe réalisé par le magazine Forbes, listait quelques exemples hallucinants du coût de la vie de la partie la plus fortunée de la société. A Londres, une composition florale pour six chambres, changée hebdomadairement, coûte pratiquement 100.000 dollars (environ 75.000 euros)! Un manteau de zibeline russe, 240.000 (environ 180.845 euros).

De quoi effectivement se sentir comme une petite chose avec ses quelques millions d'actifs. Quant à un jet privé, il ne faut même pas y penser, ou alors à la rigueur, en location à la journée. Celui de Bernard Tapie lui a coûté 23 millions d'euros à l'achat.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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