Plus sûr? Plus vivant? Plus déprimant? Jugez les quartiers sur photo

Le site Ars technica nous apprend l'existence de Place Pulse, un site qu’on pourrait décrire comme étant inspiré du célèbre Hot or not et de ses multiples dérivés, sur lequel les internautes notaient l’apparence de personnes sur des photos... Sauf que cette fois, il s’agit de photos de quartiers de villes.

Fondé par le MIT Media Lab, le projet Place Pulse met en compétition visuelle 100.000 images provenant de 56 villes de par le monde. Sur chaque page de ce sondage, l’internaute doit départager deux photos prises sur la voie publique, et répondre à une des cinq questions suivantes: «Quel endroit a l’air d’être le plus sûr?», «Quel endroit a l’air d’être le plus aisé?», «Quel endroit a l’air d’être le plus vivant?», «Quel endroit a l’air d’être le plus ennuyeux?», «Quel endroit a l’air d’être le plus déprimant?».

Le site s’intéresse surtout à la perception des inégalités et de l’insécurité, d’où la question de savoir si cette perception s’accorde avec la réalité.

Une première recherche issue des données comparant deux villes américaines, Boston et New York, et deux villes autrichiennes, Linz et Salzbourg, dont les résultats ont été publiés dans la revue PLOS ONE, a montré en premier lieu que l'écart entre les perceptions négatives et positives en fonction des quartiers était plus étendu aux Etats-Unis qu'en Autriche. Par ailleurs, dans le cas de New York, une corrélation significative a été observée entre les lieux perçus comme peu sûrs ou moins aisés et le nombre d’homicides.

Depuis cette première publication, le site a étoffé sa base d’images et procédé à un classement des villes du monde pour chacune des questions posées. La seule ville française représentée, Paris –en réalité une bonne partie de l'agglomération parisienne puisque les photos géolocalisées incluent la petite couronne– est plutôt bien classée au général. En particulier dans les catégories ville vivante, ville riche et ville peu déprimante. 

A terme, Place Pulse entend bien générer un algorithme pour identifier très précisément ce qui, dans la perception d’un lieu, génère le sentiment d’insécurité, de pauvreté ou, au contraire, celui de bien-être urbain. Comme l’un des responsables du projet, Phil Salesses, l’expliquait au Guardian lors des premières expériences, le lien entre graffitis et insécurité est un exemple d’idée reçue tenace parmi les élites municipales. Elles dépensent des sommes astronomiques pour les effacer, alors qu’il existe des quartiers de Boston à la fois vivants, agréables à vivre et «agrémentés» de graffitis. 

Place Pulse pourrait ainsi préciser ou invalider la théorie de la première vitre brisée («first broken window theory») selon laquelle un bâtiment dans lequel une fenêtre détériorée n'est pas remplacée laisse l'impression que le lieu est à l'abandon et génère un cercle vicieux de délinquance... L'ancien maire de New York Rudolf Giuliani s'en est largement inspiré, ainsi qu'en France les partisans de la tolérance zéro.

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