Monde / Culture

En Afghanistan, djihad contre «The Voice»

Temps de lecture : 2 min

La popstar afghane Aryana Sayeed sur une image promotionnelle de The Voice of Afghanistan
La popstar afghane Aryana Sayeed sur une image promotionnelle de The Voice of Afghanistan

Alors que le télé-crochet «Arab Idol» réconcilie les Palestiniens dans leur soutien unanime au jeune Mohamed Assaf, «The Voice» crée la division en Afghanistan, comme l’explique The Telegraph.

Abdul Sattar Khawasi, un parlementaire, a en effet déclaré le djihad contre les émissions musicales importées d’Europe et des Etats-Unis, auxquelles il reproche d’être en contradiction avec la culture et les coutumes afghanes. Il a obtenu du ministre de l’Information afghan la promesse de revoir ces programmes. Un combat dans lequel il serait loin d’être isolé, une bonne partie de l’opinion publique, soucieuse de se protéger de ce qu’elle considère comme de la propagande étrangère, allant dans son sens selon The Telegraph.

«The Voice of Afghanistan», déclinaison locale du programme que nous connaissons, est particulièrement visé. L’émission, qui repose sur les mêmes règles que la version diffusée sur TF1 (auditions à l’aveugle, constitutions d’équipes de candidats par les membres du jury), ne se distingue du «The Voice» américain ou français que par la composition des participants: 47 hommes pour une seule femme.

Et ce n’est pas cette candidate, voilée, qui agace une partie des Afghans, mais la seule membre féminine du jury, la pop-star afghane Aryana Sayeed. Avec sa crinière brune en liberté et son look kim-kardashianesque, la chanteuse kaboulienne, qui vit aujourd’hui à Londres, suscite des réactions contrastées. Sa page Facebook comptabilise plus de 88.000 fans et l’artiste dispose de réels soutiens dans la population. Néanmoins, les commentaires qui lui sont adressés ne sont pas toujours des plus sympathiques, et ses détracteurs sont nombreux parmi les conservateurs.

Comme elle l’explique dans une interview à la BBC World, le simple fait, pour une femme, de se produire en public, à la télévision, de chanter et de danser, est en soi condamnable aux yeux de beaucoup d’Afghans. Quant à le faire sans voile, et vêtue «à l’occidentale» cela apparaît à certains comme une pure provocation. La jeune femme raconte ainsi avoir été menacée de mort à la suite de ses apparitions télévisées.

Pourtant, les télé-crochets construits sur des modèles occidentaux ont un réel succès en Afghanistan, pays à la population très jeune, et où la télévision s’est fortement développée depuis que les Talibans ont été chassés en 2001. A travers ce débat, ce sont deux conceptions du pays qui s’opposent.

Margaux Leridon

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