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L'émouvante vidéo d'une Yéménite de 11 ans qui refuse d'être mariée de force

Margaux Leridon, mis à jour le 23.07.2013 à 16 h 39

Capture d'écran de la vidéo MEMRI TV sur Youtube

Capture d'écran de la vidéo MEMRI TV sur Youtube

«Ce n’est pas de notre faute. Je ne suis pas la seule. Ça peut arriver à n’importe quel enfant.»

Face à la caméra, Nada Al Ahdal, 11 ans, lance un appel à l’aide au nom de toutes les petites filles yéménites qui, comme elles, sont forcées par leurs familles à se marier très jeunes. Le site Youphil* relaie la vidéo, sous-titrée en anglais par l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI).

Menacée de mort par ses parents si elle refusait de se marier, Nada a réussi à s’enfuir. D’après le site Now, la jeune fille, issue d’une famille modeste de huit enfants, vit désormais chez son oncle, monteur pour une chaîne de télévision. Ce dernier avait déjà recueilli un autre neveu, dont les parents n’avaient pas les moyens de prendre en charge les soins médicaux. Nada a porté plainte contre sa mère.

«Je n’aurais eu aucune vie, aucune éducation. N’ont-ils vraiment aucune compassion?» demande la fillette.

«Ils ont menacé de me tuer si je partais chez mon oncle. Quel genre de personnes peut menacer son enfant comme ça?»

La maturité de son discours contraste avec l’innocence son visage. Elle sait qu’elle n’est pas seule, et que si elle a réussi à «résoudre [s]on problème», la plupart des jeunes filles dans sa situation ne s’échappe pas.

«Certains enfants ont décidé de se jeter dans la mer. Ils sont morts maintenant. Ce n’est pas normal pour des enfants innocents. (…) Ma tante maternelle avait quatorze ans. Elle est restée un an avec son mari, ensuite elle s’est couverte d’essence et elle s’est immolée. Elle est morte.»

Nada apostrophe ses parents : «Allez-y, mariez moi de force et je me tuerai!» 

Les mariages précoces forcés ne sont pas rares au Yémen, malgré une forte mobilisation à ce sujet en 2009-2010. A l’époque, l’histoire de Nojoud Ali, 10 ans, avait fait le tour du monde: mariée de force à un homme d’une trentaine d’années, elle avait obtenu le divorce, mettant fin à une «vie conjugale cauchemardesque». Une chance que n’a pas eue Elham, morte à 13 ans après avoir été violée par l’homme qu’elle venait d’épouser. Au moment du drame, un projet de loi visant à fixer à 17 ans l’âge minimum du mariage pour les filles était examiné au parlement, mais un groupe de pression affirmant que la mesure était contraire à la charia a réussi à faire écarter la question pour une durée indéterminée.

D’après l’Unicef, 37.000 filles de moins de 18 ans sont mariées tous les jours dans le monde. La photographe Stéphanie Sinclair a consacré un photoreportage édifiant à leur calvaire. 

M.L.

NDLR: Jean-Marie Colombani, co-fondateur et président de Slate.fr, est également président de Youphil.

Margaux Leridon
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