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Un modèle informatique de la violence urbaine pour prédire le futur de Jérusalem

Margaux Leridon, mis à jour le 13.07.2013 à 11 h 57

Marché de Jérusalem, 2009, Vadim Lavrusik via FlickrCC Licence by

Marché de Jérusalem, 2009, Vadim Lavrusik via FlickrCC Licence by

Une équipe de chercheurs de l’ETH Zurich, de l’Institut de hautes études et du développement de Genève et de l’Université hébraïque de Jérusalem a développé un modèle informatique permettant de mieux comprendre les sources de violence dans les zones urbaines, et a choisi d’utiliser Jérusalem comme exemple.

Grâce à des données sur la population des 77 quartiers de la ville, et à d’autres sur les violences observées dans ces différentes zones, les chercheurs ont réussi à mettre au point un modèle efficace de prédiction de la violence.

Testé sur les années précédentes, le modèle a obtenu des résultats conformes aux archives pour 59 des 77 quartiers sur la période 2001-2004 (seconde Intifada). La ville était alors presque entièrement plongée dans la violence. Pour la période 2005-2009, les résultats étaient encore plus encourageants (prédictions exactes pour 64 quartiers sur 77), révélant une violence concentrée dans les quartiers Est de la ville.

D’après les chercheurs, un facteur essentiel pour expliquer le degré de violence est la «distance sociale», qu’elle soit religieuse, ethnique ou idéologique, sexuelle ou économique. Par exemple, les risques de violences seront supérieurs dans un quartier où se côtoient des Israéliens riches et laïques et des Palestiniens pauvres et religieux que dans un quartier où se côtoient des  Israéliens pauvres et religieux et des Palestiniens pauvres et religieux.

À partir de la, les chercheurs ont envisagés deux hypothèses: soit une intégration accrue des différents groupes de population au sein de la ville, en permettant de dépasser les préjugés des uns et des autres, réduira la violence, soit elle multipliera au contraire les risques.

Grâce au modèle informatique, les scientifiques ont testé quatre options pour l’avenir de Jérusalem: 1) les choses ne changent pas; 2) on met en place les paramètres plan Clinton du 23 décembre 2000, selon lesquels des Palestiniens obtiennent la souveraineté sur les quartiers arabes extérieurs de Jérusalem-Est et sur les quartiers chrétiens et musulmans de la vieille ville; 3) on suit les directives d’une proposition palestinienne qui offre aux Palestiniens plus d’autonomie; 4) on retourne à la situation de 1967, c’est à dire au partage de la ville en deux, avec un contrôle israélien sur l’Ouest et un contrôle palestinien sur l’Est.  

Les résultats obtenus suggèrent que la séparation, telle qu’envisagée dans l’option «Retour à 1967»  est le meilleur moyen d’endiguer la violence. Bien sûr, cette séparation entrainerait des coûts, et l’équipe ne se prononce pas sur sa faisabilité, ni sur la question de savoir si elle serait souhaitable dans l’absolu, affirmant seulement que pour lutter contre la violence elle serait l’option la plus efficace.

Néanmoins, un tel modèle constitue une opportunité révolutionnaire pour les responsables politiques: il pourrait s’avérer un outil précieux au moment de prendre une décision délicate. 

Margaux Leridon
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