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Il faut un Pinochet en Egypte selon le Wall Street Journal

Cécile Schilis-Gallego, mis à jour le 09.07.2013 à 13 h 13

Augusto Pinochet dans les années 1990. Source: Wikimedia.

Augusto Pinochet dans les années 1990. Source: Wikimedia.

«Les Egyptiens seraient chanceux si leurs nouveaux généraux s'avéraient être de la trempe d'Augusto Pinochet au Chili, qui arriva au pouvoir en plein chaos mais engagea des réformateurs libéraux et instigua une transition démocratique. Si le général Abdel Fattah al-Sisi essaie de restaurer l'ordre de Moubarak, il souffrira au bout du compte du même destin que Morsi.»

L'éditorial, non signé, est venu remplir les pages du Wall Street Journal le jeudi 4 juillet. La solution pour l'Egypte serait donc d'avoir un général semblable au dictateur Pinochet afin d'assurer une transition économique et la mise en place d'une économie libérale solide. Mais l'auteur anonyme n'oublie-t-il pas quelque chose?

Le journaliste Martin Pengelly s'indigne dans le Guardian:

«Vraisemblablement, le Wall Street Journal pense que les Egyptiens ont maintenant 17 années pendant lesquelles ils peuvent s'estimer chanceux si les dissidents sont torturés avec de l'électricité, violés, jetés dans des avions ou –si ils sont vraiment chanceux– simplement abattus. C'est ce qu'il s'est passé au Chili après 1973, entraînant la mort de 1.000 à 3.000 personnes. Environ 30.000 ont été torturées.»

Les recommandations du Wall Street Journal sont en effet pour le moins surprenantes. Depuis quand un média reconnu internationalement conseille-t-il ouvertement la mise en place d'une dictature sur le simple motif que cela pourrait être bon pour l'économie? Pengelly ajoute:

«Vraisemblablement l'équipe éditoriale du Wall Street Journal croit que, puisque Pinochet a "engagé des réformateurs libéraux", il devrait être excusé pour les excès que représentent quelques brigades criminelles. C'est pour cela, vraisemblablement, qu'ils pensent qu'un tueur de sang froid pro-business dans la trempe de Pinochet est ce dont les Egyptiens ont besoin pour réussir leur "transition vers la démocratie".»

Ce n'est pas la première fois que des médias américains considérés comme libéraux félicitent l'oeuvre de Pinochet. En 2006, à la mort du général, Forbes s'insurgeait contre la nécrologie du New York Times jugée trop sévère:

«Dans le papier du New York Times il faut vraiment chercher pour trouver un mot sur le fait que Pinochet a sauvé le Chili du chaos économique infligé par son prédécesseur socialiste, Salvador Allende.»

Avant de continuer sur le ton de l'ironie:

«Bien sûr les socialistes n'ont jamais voulu infliger ce chaos. Les évènements ont dépassé les pauvres petits cons, vous voyez.»

L'éditorial du New York Times était pourtant lui-même assez mesuré à l'égard du dictateur défunt:

«Le général Pinochet a pris le pouvoir le 11 septembre 1973 lors d'un coup d'Etat sanglant qui a renversé le gouvernement marxiste du président Salvador Allende. Il a ensuite mené le pays dans une ère de croissance économique. Mais sous sa présidence plus de 32.000 personnes ont été exécutés ou ont disparu et des milliers d'autres ont été détenues, torturées ou exilées.»

Notons que la croissance économique vient avant les tortures et les exécutions. Une vision de l'héritage du dictateur assez différente de celle que l'on a en France en somme. 

C. S-G

Cécile Schilis-Gallego
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