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Massacre au Caire

David Kenner, mis à jour le 08.07.2013 à 16 h 10

Ce qui se joue en Egypte aujourd'hui, au-delà de la violence, c'est le possible éloignement de la démocratie.

Des manifestants pro-Morsi pendant la prière, le 8 juillet 2013. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Des manifestants pro-Morsi pendant la prière, le 8 juillet 2013. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Aux premières heures lundi matin, l’armée égyptienne a ouvert le feu sur les manifestants pro-Mohamed Morsi devant les quartiers généraux de la Garde républicaine, là où les protestataires s’étaient rassemblés pour demander la libération du président destitué. A l’heure qu’il est, le ministère de la santé égyptien fait état 42 morts et plus de 300 blessés.

Il est difficile de savoir exactement ce qui a déclenché l’attaque. Si l’écrasante majorité des personnes tuées étaient des manifestants pro-Morsi, la mort d’un officier de l’armée a aussi été annoncée au milieu des violences. Des officiers de l’armée prétendent que des manifestants ont tenté de prendre d’assaut les bâtiments de l’armée et kidnappé deux soldats. Les pro-Morsi, prétendent au contraire que l’armée a ouvert le feu pendant le sit-in des prières du matin.

Nombre de blessés ont été emportés dans un hôpital de campagne lors de la manifestation pro-Morsi près de la mosquée de Rabaa al-Adaweya. On devrait voir dans cette zone, tout au long de la journée, des manifestations pro-Morsi, et l’armée égyptienne a déplacé ses forces près du sit-in –augmentant ainsi le taux de probabilité de heurts supplémentaires dans la journée.

Le parti des Frères musulmans, pendant ce temps, a émis un communiqué, en réponse à l’attaque, appelant à une «intifada», ou à un soulèvement, contre ceux qui voudraient «voler leur révolution à avec des tanks et des massacres».

Les conséquences de ce bain de sang, qu’elles soient politiques ou concernent la rue, seront sévères. De la même manière que les attaques de Maspero ou Port Saïd avaient porté un coup à la légitimité du gouvernement militaire post-Hosni Moubarak, cette attaque menace d’affaiblir sérieusement l’administration choisie pour remplacer Morsi. Le président Adly Mansour, un quasi inconnu pour le peuple égyptien, est face au premier défi de son administration.

La violence menace déjà de briser l’alliance entre certaines forces politiques et l’armée. Le parti salafiste al-Nour qui se querellait déjà avec d’autres forces d’opposition au sujet de la sélection du prochain Premier ministre, s’est retiré de toutes les négociations portant sur le choix de la formation d’un nouveau gouvernement, alors qu’un porte-parole assurait que c’était «comme si l’ancien régime était complètement de retour». Le leader laïc Mohamed El Baradei, a de son côté demandé une enquête indépendante sur les événements.

L’armée égyptienne a assuré qu’elle ne souhaitait pas directement gouverner, mais les événements du jour mettent en lumière l’importance du rôle qu’elle joue dans l’avenir du pays. Si un tel bain de sang continue, le vernis civil du gouvernement va se craqueler –et l’Egypte sera plus loin de la démocratie qu’elle ne l’a jamais été.

David Kenner

Traduit par C.P.

David Kenner
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