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Espionnage de l'Union européenne par la NSA: «Si c'est vrai, cela rappelle la Guerre froide»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 30.06.2013 à 16 h 47

Selon Der Spiegel, la NSA, au cœur depuis plusieurs semaines d’un scandale sur la surveillance des données personnelles, aurait espionné des communications au sein des institutions de l’Union européenne.

Le magazine allemand a pu accéder à un document top secret daté de 2010 en possession d’Edward Snowden, qui décrirait comment la NSA a espionné la représentation diplomatique de l’UE à Washington et à New York (Nations Unies) en installant des micros et en infiltrant les réseaux informatiques. Des opérations de surveillance auraient également été menées à Bruxelles sur le bâtiment Justus Lipsius, qui accueille les Conseils européens: un système d’écoutes téléphoniques remontant jusqu’au quartier général de l’Otan aurait été découvert.

L’AFP, qui relaie l’article du Spiegel, explique qu’«en 2003, l’UE avait confirmé la découverte d’un système d’écoutes téléphoniques des bureaux de plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, mais il est difficile de savoir s’il s’agit de cette affaire dont parle l’article». Libération, qui avait consacré une enquête au sujet en 2006, expliquait alors que «l'hypothèse américaine est sans doute la moins probable: on ne voit vraiment pas pourquoi les Etats-Unis auraient mis sur écoute le Royaume-Uni, qui "leur raconte absolument tout ce qui se passe à Bruxelles", souligne-t-on en riant à Paris».

Le président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, s’est déclaré dans un communiqué «profondément inquiet et choqué» des affirmations du Spiegel qui, si elles se révélaient vraies, auraient «un sévère impact sur les relations entre les Etats-Unis et l’Union européenne». Interrogé par Der Spiegel, le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn, s’est montré encore plus vif:

«Si ces informations sont vraies, c’est répugnant. Les Etats-Unis feraient mieux de surveiller leurs services secrets que leurs alliés. Nous devons obtenir au plus haut niveau une garantie que cela s’arrête immédiatement.»

Même ton du côté de la ministre allemande de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, interrogée par l'Associated Press:

«Si les informations publiées par les médias sont vraies, cela rappelle les actions entre ennemis durant la Guerre froide.»

En France, le premier secrétaire du PS Harlem Désir a qualifié sur Radio J d'«inacceptable» un éventuel espionnage s'il devait se confirmer, tandis que Jean-Luc Mélenchon a réclamé dans un communiqué «l'arrêt immédiat des négociations» commerciales Etats-Unis-UE.

Interrogées par l’agence Reuters, les autorités américaines n’ont elles pas commenté l’article. Comme l’explique Le Monde, de telles révélations mettent à mal la justification de Barack Obama qui, en visite à Berlin le 19 juin, «avait justifié l'étendue des écoutes américaines révélées quelques jours plus tôt par Edward Snowden par la nécessité de protéger les Etats-Unis et leurs alliés».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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