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Quand Barack Obama, 19 ans, prononçait un discours anti-apartheid à l'université

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.06.2013 à 18 h 30

Le premier discours politique du président des Etats-Unis, en 1981 sur le campus de son université californienne, portait sur la situation en Afrique du Sud, où il est actuellement en visite: «Un océan nous en sépare, mais c’est une lutte qui touche chacun d’entre nous»

Barack Obama à Robben Island, le 20 août 2006. REUTERS/Howard Burditt.

Barack Obama à Robben Island, le 20 août 2006. REUTERS/Howard Burditt.

Barack Obama ne se rendra pas au chevet de Nelson Mandela, hospitalisé dans un état critique pour une infection pulmonaire aigüe. Si le président américain, actuellement en visite officielle en Afrique du Sud, va rencontrer la famille de l’ancien président sud-africain, il n’ira pas à l’hôpital «par égard pour [sa] paix et [son] confort», selon les mots d’un responsable américain à l’AFP, samedi 29 juin.

«Je n'ai pas besoin d'une photo avec lui. La dernière chose que je veux faire, c'est être indiscret à un moment où la famille est inquiète», avait-il déclaré vendredi lors de son voyage vers l’Afrique du Sud depuis le Sénégal. Le président sénégalais Macky Sall avait précédemment déclaré avoir parlé de Mandela avec son homologue pendant tout son séjour. Cette semaine, Obama a qualifié de «héros pour le monde» celui qui avait vu en lui une «nouvelle voix pleine d’espoir» lors de son intronisation en 2009.

Cette visite d’Obama en Afrique du Sud alors même que le pays se prépare, selon toute probabilité, à dire prochainement adieu à Mandela acquiert une symbolique forte. Le New York Times vient d'ailleurs de consacrer un très intéressant article à l’influence qu’a eu Mandela sur Obama, qui commence par l’anecdote suivante: début 2005, la présentatrice de télévision Oprah Winfrey propose à Obama, alors sénateur de l’Illinois depuis seulement quelques mois, de faire passer un message de lui à Mandela.

Le jeune élu s’isole dans une loge pendant un moment si long que son porte-parole Robert Gibbs finit par aller le chercher. Réponse d’Obama:

«Il faut que vous me donniez du temps. Je ne peux pas juste expédier à toute vitesse un mot pour Mandela.»

Une photo avec Mandela en 2005

La même année, il avait fini par rencontrer le leader sud-africain de manière inopinée quand ce dernier, en voyage à Washington, s’était vu conseiller, selon le New York Times, «de prendre quelques minutes pour rencontrer une étoile montante du parti démocrate, le sénateur Barack Obama».

Le chauffeur et assistant de l’époque du sénateur, David Katz, a pris de cette rencontre une photo que reproduit le New York Times: on y voit Obama à contre-jour, les traits quasiment imperceptibles, serrer la main d'un Mandela allongé sur un fauteuil, un sourire aux lèvres. La photo trône aujourd'hui dans le Bureau ovale.

L’année suivante, en août 2006, Obama se rendit à Robben Island, où il visita l’ancienne cellule de Mandela et rencontra Ahmed Kathrada, un de ses codétenus devenu son conseiller politique après son accession à la présidence. «Cela vous rend humble», déclara-t-il alors.

En décembre 2009, Obama mentionnera Mandela dans son discours d’acceptation du Nobel de la paix:

«Comparés à ceux de géants de l’Histoire qui ont reçu ce prix —Schweitzer et King, Marshall et Mandela—, mes accomplissements sont minces.»

Mais un autre discours, beaucoup plus ancien et moins connu, que mentionne le New York Times, a joué un grand rôle dans la formation politique de l'actuel président des Etats-Unis. Etudiant à Occidental College, une université californienne, au début des années 80, Obama y participait alors au mouvement anti-apartheid, écrivant des tracts, contactant des représentants de l’ANC pour venir donner des conférences, et surtout pétitionnant les administrateurs de la faculté pour qu'ils coupent leurs liens économiques avec les entreprises ayant des activités en Afrique du Sud.

«Cela m'a fait me sentir important»

Le 18 février 1981, Obama, âgé de 19 ans, fait partie des étudiants chargés de parler lors d'un rassemblement sur le campus. Dans sa biographie The Making of a Man, le journaliste David Maraniss cite quelques phrases de ce qui fut «le premier discours politique» de l’actuel président des Etats-Unis, devant quelques centaines d'étudiants:

«Une lutte est en cours… Un océan nous en sépare. Mais c’est une lutte qui touche chacun d’entre nous, que nous le sachions ou non. Une lutte dans laquelle nous devons choisir notre camp. Il s’agit d’un choix entre la dignité et la servitude, entre la justice et l’injustice.»

Dans son livre Les Rêves de mon père, Obama raconte qu'il n'était supposé prononcer qu'une poignée de phrases avant qu’un duo d’étudiants blancs en uniforme paramilitaire ne vienne le chasser de scène, dans un jeu de rôle censé répliquer la situation politique en Afrique du Sud. Quand cela se produira, le jeune étudiant fera semblant de résister, mais expliquera qu’il ne faisait pas semblant:

«Je voulais rester là-haut, entendre mes mots rebondir sur la foule et me revenir sous forme d’applaudissements. J’avais encore tant à dire.»

Face à l'échec de la manifestation (le conseil d'administration rejettera la demande des étudiants), il fera part ensuite à une camarade d'études de l’ambiguïté de ce moment dont il se demandait s’il ne l’avait pas fait sentir plus important que la cause qu’il défendait:

«Je ne crois pas que ce qui arrive à un gamin de Soweto fasse beaucoup de différence pour les gens à qui nous parlions. […] Cela m’a fait me sentir important parce que j’ai aimé les applaudissements.»

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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