Tech & internetMonde

Fang Binxing, le Chinois le plus détesté d'Internet

Marion Degeorges, mis à jour le 28.06.2013 à 14 h 43

Great Firewall of China par Ishikawa Ken via FlickrCC

Great Firewall of China par Ishikawa Ken via FlickrCC

Vous ne connaissez sans doute pas Fang Binxing. Pourtant, des milliers d’internautes chinois lui souhaitent de mourir bientôt et surtout, dans d’atroces souffrances.

Sur le réseau social du pays, Weibo, les vœux de non rétablissement pullulent:

«Je souhaite que la maladie t’emporte ASAP

«J’espère que Fang attrape un cancer et meurt bientôt»

«Puisse la maladie l’emporter ASAP. Tous les netizens sont du côté de la maladie. S’il te plaît, emporte-le!»

C’est en annonçant le 16 juin qu’il quittait son poste de président de l’Université des Postes et Télécommunications de Pékin, que Fang s’est attiré tous ces trolls. Pourquoi tant de haine? Fang Binxing est connu de tous les internautes chinois comme le cerveau du Grand Firewall de Chine (GFW), qu’on appelle Grande Muraille de Chine, par analogie.

Le maître de la Grande Muraille maléfique

Ce grand mur de feu virtuel sert à empêcher les Chinois d’accéder à certains contenus étrangers d’Internet... Comme le très dangereux Facebook ou d’autres sites jugés politiquement sensibles. Parmi les censures les plus particulières, on retrouve le mot «aujourd’hui», hors d'usage sur Weibo le jour de commémoration du massacre de Tiananmen.

«A cause d’une usure indéniable de mon corps, je n’ai plus les capacités de travailler toute la nuit, à la suite d’une maladie. Je ne peux plus assumer les responsabilités universitaires et managériales de l’école en même temps. C’est pourquoi j’ai soumis ma démission aux autorités.»

Mais certains sur Weibo y voient déjà une manipulation. Et s'il démissionnait afin de travailler à corps perdu sur son diabolique firewall? Après tout, Fang estime lui-même que le GFW est «dépassé et a encore besoin d’être amélioré». Même s’il assure que le futur de sa création ne dépend plus de lui. A l’époque, en 1998, il avait simplement répondu à une offre:

«Mon invention a finalement été choisie car mon projet était le plus excellent. Le pays avait alors un besoin urgent à ce moment précis.»

C’est ce qu’explique également l’un de ses collègues universitaire, Zhang Zi’an:

«Construire la Grande Muraille était une réaction naturelle à quelque chose de nouveau et d’inconnu.»

Censurer Internet, et alors?

Pour lui, cette censure d’Internet n’est pas si horrible... Il soutient entre autres que c’est un «phénomène commun à travers le monde». La Chine ne serait pas la seule, il ajoute:

«Autant que je sache, environ 180 pays, dont la Corée de Sud et les Etats-Unis, surveillent également Internet.»

Un argument qui ne va sans doute pas diminuer la haine des netizens chinois, qui saisissent toutes les occasions pour insulter Fang Binxing. Le blog China Realtime Report, hébergé par The Wall Street Journal, expliquait en 2010 déjà, une autre mésaventure de Fang sur la Toile. Alors qu’il venait d’ouvrir sa page personnelle sur Weibo, les internautes ont inondé son mur d’insultes. Accablé, Fang a rapidement révisé ses velléités de sociabiliser sur Internet. Il a fermé son compte.

Et puis dernièrement, le scandale de la NSA a également éclaboussé le Grand Firewall, puisque la Chine était lourdement surveillée par les Etats-Unis... Les netizens accusent le gouvernement d’être trop préoccupé à faire de son Internet un intranet, ce qui l'aurait poussé à négliger les menaces extérieures.

Marion Degeorges
Marion Degeorges (57 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte