EconomieSports

Brésil: est-ce que tous ces stades sont bons pour l'économie?

Joshua Keating, mis à jour le 19.06.2013 à 9 h 27

Les manifestants reprochent notamment au gouvernement d'avoir tant investi dans la Coupe du monde et dans les JO.

A Brasilia, le 17 juin 2013. «Si ton fils est malade, amène-le au stade». REUTERS/Ueslei Marcelino

A Brasilia, le 17 juin 2013. «Si ton fils est malade, amène-le au stade». REUTERS/Ueslei Marcelino

Ce qui a commencé comme des petites manifestations contre le prix du ticket de bus s’est transformé en d’énormes protestations anti-gouvernement dans au moins six des plus grandes villes du Brésil. Les manifestants semblent avoir de nombreux griefs liés à la pauvreté persistante et au coût de la vie de plus en plus élevé, mais un des facteurs semble être les investissements publics massifs réalisés dans le cadre de l’organisation de la Coupe du monde 2014 et des Jeux olympiques en 2016. Simon Romero écrit dans le New York Times: 

«La colère autour des projets de stades dans diverses villes en prévision de la Coupe du monde 2014, que le Brésil se prépare à organiser, est une question qui prend de l’ampleur. Certains des projets ont été entravés par des dépassements de coûts et des retards, les structures inachevées rappelant à tous l’injection de ressources dans le sport alors que les écoles et les systèmes de transport public ont besoin d’améliorations. “Les plus grandes manifestations ont lieu dans les villes qui vont accueillir la Coupe du monde, a déclaré Mr. Malini. Les Brésiliens mélangent le football et la politique d’une manière inédite, et les voix des minorités se font entendre.”»

On a tendance à penser que les évènements sportifs internationaux majeurs comme la Coupe du monde, et encore plus les Jeux olympiques, sont un énorme gaspillage d’argent. Comme l’écrivait John Hoberman en 2008 sur Foreign Policy, les Jeux olympiques de Montréal de 1976 ont entraîné une dette de 1,5 milliard de dollars qui n’a été entièrement remboursée qu’en 2006. Le fiasco a pris le nom de «The Big Owe» («la grosse dette») au Canada...

Selon un rapport du Accountability Office du gouvernement américain sur les Jeux, les Américains ont payé 75 millions de dollars pour soutenir les Jeux de Los Angeles. Les Jeux de Salt Lake City en 2002 leur ont coûté au moins 342 millions de dollars.

Bien sûr, il y a aussi eu les 15 milliards de dollars dépensés par la Grèce pour les Jeux de 2004, sans doute pas le meilleur investissement à long terme en y repensant, avec la faillite que connaît le pays et l’état de ruine dans lequel se trouvent la plupart des installations aujourd’hui.

Mais une récente étude menée par deux économistes de l’université chinoise de Hong Kong emprunte un point de vue plus optimiste. En s’intéressant à «126 pays organisateurs ou non d’Olympiades entre 1956 et 2012», ils ont tenté d’isoler l’impact des dépenses pour améliorer les infrastructures liées aux JO (de nouveaux systèmes de transport par exemple) et d’autres activités économiques, et concluent que:

«La croissance supplémentaire entraînée par les Jeux olympiques dans la période pré-compétition est d’à peu près 1% [croissance du PIB par habitant]. 2,4% supplémentaires ont été trouvés pour l’année des Jeux, tandis qu’entre 1,4% et 1,7% ont été trouvés lors de différentes années post-Jeux.»

De nombreux économistes débattent encore de la causalité sur ce sujet. Il y a deux ans, je discutais des travaux d’Andrew K. Rose et Mark Spiegel, qui ont trouvé qu’organiser les Jeux olympiques est corrélé à une augmentation des exportations pour le pays, mais que l’effet est encore plus prononcé pour les pays qui finissent deuxième dans la course à l’organisation des Jeux. Cela pourrait signifier que les JO ne boostent pas les exportations mais que la volonté d’organiser les Jeux est un mécanisme de signal pour des pays qui ont une politique générale favorable au commerce.

Le Brésil parie beaucoup sur le spectacle mondial en organisant les deux plus grands évènements sportifs mondiaux. Il est possible que ces évènements fassent un peu de mal au pays, mais avec le ralentissement de la croissance économique et l’augmentation de l’agitation sociale, les grands partis vont sans doute écoper d’une part de responsabilité si la situation ne s’améliore pas.

Joshua Keating

Traduit par G.F.

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte