Asile: où peut aller Edward Snowden pour éviter l'extradition?

REUTERS/Bobby Yip

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Il doit éviter la Russie, malgré l'invitation de Poutine.

Edward Snowden, a priori réfugié dans l'aéroport de Moscou, aurait demandé l'asile dans 21 pays, selon Wikileaks: Autriche, Bolivie, Brésil, Chine, Cuba, Finlande, France, Allemagne, Inde, Italie, Irlande, Pays-Bas, Nicaragua, Norvège, Pologne, Russie, Espagne, Suisse et Venezuela, mais également l'Equateur et l'Islande. Au moment de son arrivée à Hong Kong, nous nous étions intéressés aux pays où aller pour éviter l'extradition. Notre conseil: même si Vladimir Poutine se dit prêt à l'accueillir à condition qu'il cesse «ses activités visant à faire du tort à nos partenaires américains», mieux vaut ne pas aller en Russie. Voici notre article du 12 juin.

L'expert technique de 29 ans à l'origine de la série de fuites à propos du système de surveillance de l'Agence de sécurité nationale (NSA), s'est d'abord réfugié dans un hôtel de luxe de Hong Kong pour éviter l'extradition. Un territoire qu'il a dit «dévoué à la liberté d'expression et à la contestation politique». Mais la décision de Snowden avait été accueillie avec un certain amusement, vu que Hong Kong a une longue histoire de coopération avec les Etats-Unis, et qu'elle était susceptible de l'extrader si Washington le demande. Edward Snowden a ensuite quitté Hong Kong et est depuis le 23 juin bloqué dans la zone de transit de Moscou-Cheremetievo.

Existe-t-il un endroit sûr dans le monde ou fuir pour éviter l'extradition?

Oui. La France. Même si la France a un accord d'extradition avec les Etats-Unis, elle s'est opposée à maintes reprises à l'envoi d'individus au système judiciaire américain. La France a refusé d'extrader le réalisateur Roman Polanski, également citoyen français, aux Etats-Unis où il faisait face à une accusation de viol sur une fille de 13 ans en 1977. Plus récemment, une cour française a décidé de ne pas extrader Michael et Linda Mastro, inculpés pour fraude et blanchiment d'argent par un grand jury fédéral, à moins que les autorités américaines promettent de ne pas les incarcérer. Si la France est pour eux un refuge, il y a peut-être de l'espoir pour Edward Snowden.

S'il peut être tentant de fuir vers un pays qui n'a pas de traité d'extradition avec les Etats-Unis, beaucoup serait hostiles à un lanceur d'alerte avec un goût prononcé pour la défense des droits de l'homme: la Somalie, l'Arabie saoudite, la Corée du Nord, ou encore la Syrie.

A l'autre extrémité du spectre, la principauté d'Andorre est idéale pour le ski, a l'une des plus hautes espérances de vie du monde, et pas d’accord d'extradition. Mais l'Andorre, l'Ukraine, et autres pays accueillants et sans accord ne sont pas si sûrs, au contraire. Même sans traité formel, un pays peut toujours choisir de rapatrier un fugitif qui tente de se cacher derrière ses frontières.

Et pourquoi pas l’Islande, le Venezuela et l’Equateur à la place de Hong Kong, inhospitalière pour Snowden? Ces pays ont soutenu le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, toujours réfugié à l'ambassade équatorienne à Londres où il bénéficie de l'asile diplomatique. Ces nations pourraient être aussi accueillantes avec celui qui a révélé le scandale Prism. Selon The Guardian, des activistes islandais enquêtent d'ores et déjà sur la possibilité de lui offrir refuge.

Si Edward Snowden veut tenter sa chance en Islande, en France ou ailleurs, il doit se dépêcher. Interpol peut émettre une «notice rouge» (proche du mandat d'arrêt international) mais la garder scellée afin que la personne recherchée n'en soit pas alertée. Dans ce cas, Snowden serait arrêté au premier aéroport. Dans cette hypothèse, Hong Kong n'est pas une destination moins sûre qu'une autre.

Jillian Keenan

Traduit par Florian Reynaud

[Article mis à jour le 2 juillet 2013 avec les demandes d'asile]

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