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Télévision publique grecque: «Cette fermeture est un choc et un scandale pour l'information»

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 11.06.2013 à 21 h 21

Le gouvernement grec a décidé l'arrêt de la diffusion d'ERT, la télé publique grecque, ce mardi soir. Slate s'est entretenu avec le journaliste Vangelis Demeris, correspondant à Bruxelles d'ERT de 2001 à février 2013.

Devant l'ERT, télévision publique grecque, à Athènes après l'annonce de la fermeture, le 11 juin 2013. REUTERS/John Kolesidis

Devant l'ERT, télévision publique grecque, à Athènes après l'annonce de la fermeture, le 11 juin 2013. REUTERS/John Kolesidis

Le gouvernement grec a annoncé mardi 11 juin au soir la fermeture «à la clôture des programmes» de la télévision publique ERT, à cause de sa mauvaise gestion. «La diffusion de ERT s'arrêtera après la fin des programmes ce soir», a dit un porte-parole, Simos Kedikoglou, à la presse sidérée. ERT, composée de trois chaînes, et employant plusieurs milliers de personnes, est selon lui «un cas d'absence exceptionnel de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant». Et avec le service publique audiovisuel.

Slate s'est entretenu avec le journaliste Vangelis Demeris, correspondant à Bruxelles d'ERT de 2001 à février 2013. Il travaille pour le quotidien Ethnos (deuxième quotidien grec) et pour l’agence de presse grecque.

Cette fermeture est-elle une surprise ou saviez-vous qu'elle était imminente?

ERT allait mal. J'y ai travaillé de 2001 à 2013, en CDD renouvelables tous les ans. En février dernier, tous les postes de correspondants ont été supprimés. La troika avait gelé les embauches dans le secteur public et l’ERP n’avait pas trouvé de méthode pour nous réembaucher. Mais cette fermeture totale? Il y avait des rumeurs, des spéculations depuis ce matin. Mais je ne m’attendais pas à ça. C’est un choc et un scandale. Je suis consterné, c’est absurde.

La troika (Commission européenne, FMI et Banque centrale européenne) faisait pression sur la Grèce pour une diminution des emplois dans le secteur public. Selon le plan de sauvetage négocié en novembre 2012,  il devait y avoir 150.000 suppression d'emplois dans le secteur public sur la période 2010-2015.

Et c’est ça aussi qui est inquiétant. Le gouvernement a voulu privatiser le groupe gazier DEPA. Cela aurait allégé les comptes publics. Mais on a appris cette semaine que c’était définitivement loupé. Je pense qu’il y a aussi une certaine manipulation de l’opinion publique. On a essayé de détourner l’attention de cet énorme fiasco.

Environ 3.000 personnes étaient employées chez ERT.

C’est pour ça que je me demande, ne serait-ce que sur le plan économique, si c’est vraiment stratégique. Les personnes qui étaient salariées vont devoir être indemnisées. Et cela augmente encore d’autant le chômage. La décision du gouvernement est incompréhensible. Ils auraient pu faire une restructuration graduelle de la chaîne.

Quelle était la place de l’ERT dans le paysage audiovisuel grec?

ERT est la source majeure d’information pour l’opinion publique. Le paysage audiovisuel grec est très fragmenté. Les chaînes privées sont détenues par différents groupes, mais elles sont beaucoup moins rigoureuses sur le plan de l’information: elles jouent sur l’impression, pas sur les faits. ERT est très portée sur l’information dans l'ensemble. Il y a différentes chaînes avec différents rôles, mais les JT d’ERT sont très regardés. Les débats autour de la crise économique se sont surtout tenus sur les chaînes publiques. Personnellement, j’ai aussi travaillé dans le privé, et la qualité des débats n’a rien à voir, c’est vraiment meilleur dans le public. C’est extrêmement grave pour la démocratie.

Quels sont vos moyens d’action désormais?

Les syndicats étaient assez bien implantés au sein de l’ERT. Il va y avoir des réunions, des assemblées générales. Je n’exclus pas une grève des collègues journalistes de tous les médias, par solidarité. Et donc il n'y aurait plus d’information. Une situation pareille n’est jamais arrivée nulle part. Ça n’est jamais arrivé.

Ils ont parlé de réouvrir plus tard, mais il n’y a pas d’agenda, pas de calendrier. Ce qui est sûr, c'est que ce soir, l'écran sera noir.

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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