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Deux Françaises arrêtées à Istanbul: ce qui est arrivé à Lorraine Klein

Temps de lecture : 2 min

Un manifestant à Ankara, le 2 juin 2013. REUTERS/Umit Bektas
Un manifestant à Ankara, le 2 juin 2013. REUTERS/Umit Bektas

Lundi 3 juin dans la soirée dans le quartier de Gümüşsuyu, au sud de Taksim, la police jette près de 80 personnes dans ses fourgons. Parmi elles, deux Françaises, dont Lorraine Klein, étudiante en échange à Galatasaray. Son amie Mounia à Istanbul lui a parlé au téléphone, elle nous raconte:

«Elle était dans un coin où justement, on nous avait dit de ne pas aller. Parce que là c’était particulièrement dangereux, on nous a dit que la police arrêtait juste les gens qui portaient des masques à gaz.»

En tout, Lorraine passe deux nuits auprès de la police, dont une en garde à vue, comme elle le raconte au site Lepetitjournal.com. Elle a passé ces longues heures entre l'hôpital, pour constater les blessures, et la prison de Vatan. Mounia détaille:

«Ils lui ont fait une espèce de procès. Elle a dû répondre à des questions de la police et signer un tas de papiers administratifs. Et puis ce matin ils l’ont récupérée pour la mettre dans un centre de déportés. Là, elle devrait attendre quelques jours et peut-être être renvoyée en France.»

Lorraine est plus précisément au centre de rétention de Kumkapi. Elle aurait été arrêtée parce qu’elle prenait des photos. En tant qu'étudiante en journalisme à Nantes, elle voulait simplement «comprendre la situation, en parler». Mais Mounia ajoute:

«Elle ne lançait pas des cailloux, elle n’a rien fait d’illégal. Elle risque d’être interdite de territoire pendant 5 ans, ça la révolte, elle risque d'être expulsée juste pour avoir voulu récolter des informations.»

Comme beaucoup d’étudiants journalistes sur place, dont Mounia fait aussi partie, Lorraine voulait contribuer aux appels de témoignages des médias, à l’instar du Monde ou de la BBC. Cette semaine, ce sont les examens finaux, Lorraine ne pourra pas y participer, elle risque de rentrer en France sans valider son semestre.

«Globalement, les étudiants étrangers s’impliquent dans les manifestations, et ceux qui ne le souhaitent pas sont très actifs sur les réseaux. Apparemment les choses devraient vraiment s’intensifier samedi et dimanche, parce qu’Erdogan revient[1]. Mais nous n’avons pas envie de connaître le même sort que Lorraine.»

Ce week-end c’est la fin du semestre pour les étudiants d’Istanbul, beaucoup d’étrangers ont déjà prévu de rentrer chez eux, c’est le cas de Mounia. Nous n'avons pas d'informations sur la seconde Française arrêtée par la police d'Istanbul. Parmi les 80 et quelques personnes se trouvaient vraisemblablement plusieurs autres étrangers dont quatre Américains, deux Iraniens, un Indien, un Grec et deux Britanniques. Tous avaient leurs passeport sur eux. Leur comportement «provocateur» serait la cause de cette interpellation.

Depuis une semaine déjà la contestation s'intensifie en Turquie. Tant sur la place Taksim d'Istanbul que sur les réseaux sociaux. Ce qui avait commencé comme une manifestation contre la destruction d'un parc se transforme en fronde anti-Erdogan. Les Turcs lui reprochent son autoritarisme et sa promotion des valeurs religieuses.

M.D.

[1] Le Premier ministre turc était en voyage au Maghreb. Retourner à l'article

Marion Degeorges

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