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Pourquoi «l'homme au tank» de la place Tiananmen est devenu «l'homme au gros canard jaune»

Johan Hufnagel, mis à jour le 05.06.2013 à 16 h 43

WEIBO

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Il y a vingt-quatre ans, le 5 juin 1989, sur un grand boulevard –le boulevard de la Paix éternel qui mène à la place Tiananmen, un homme seul se dresse entre les tanks de l’armée chinoise et les étudiants que la dictature chinoise va écraser.

Depuis plusieurs semaines, des milliers d’étudiants et d'intellectuels, mais aussi des ouvriers se sont rassemblés sur cette place pour dénoncer la corruption et l’incapacité du régime en demandant des réformes politiques et démocratiques. Marches et grèves de la faim y sont organisées sur la place Tiananmen.

Mais le gouvernement chinois décide d’envoyer l’Armée populaire pour mater cette révolte. La répression du «printemps de Pékin» aura débuté le 4 juin. Elle continuera les jours suivants, faisant plusieurs milliers de morts et de disparus.

Cette image d’un homme seul et anonyme, tentant de stopper une colonne de chars, sera le symbole du combat inégal entre les étudiants et le totalitarisme chinois. Un acte de défiance ultime, fou et magnifique, qui restera gravé dans les mémoires de ceux qui luttent pour la liberté dans le monde entier.

Il y a quatre ans, le New York Times avait retrouvé quatre photographes qui avaient capturé cet instant. Pas Terril Jones, photographe à AP: le 5 juin, il aura lui aussi pris la photo de «tank man», mais sous un autre angle. Ce n’est que vingt ans plus tard, grâce au New York Times, que son cliché pris au niveau du sol sera publié.

Terril Jones. AP

Aujourd’hui, cette photo et tout ce qui touche à ce mouvement sont interdits de citation en Chine. Il y a encore quelques années, de nombreux jeunes Chinois ignoraient même tout de ce mouvement. C’est de moins en moins vrai, grâce à Internet: les Chinois rivalisent d’imagination pour contourner la censure et transmettre cette mémoire.

Le South China Morning Post a ainsi recensé quelques-uns des éclairs de génie de ces empêcheurs de censurer en rond, utilisant le Twitter chinois Weibo pour diffuser les images de la répression, utilisant les mots «May 35» ou «535» parce que «4 juin» est, entre autres, automatiquement bloqué.

Selon le site GreatFire.Org, qui surveille la censure, la photo de ces quatre gros canards qui ont remplacé les tanks a été largement diffusé mais, comme le terme «gros canard jaune» a été rapidement repéré et censuré.

J.H.

Johan Hufnagel
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