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Ce qu'il faut savoir sur la situation à Istanbul et ailleurs

Johan Hufnagel, mis à jour le 02.06.2013 à 18 h 12

Mise à jour à 18h00, dimanche.

A Ankara le 1er juin. REUTERS/Umit Bektas

A Ankara le 1er juin. REUTERS/Umit Bektas

Quelle est la situation aux premières heures de dimanche?

La place est à eux. Après deux jours et deux nuits d’affrontements à Istanbul, des milliers de manifestants se sont rués sur la grande place centrale de la ville, symbole de leur lutte contre le gouvernement islamiste au pouvoir. La police leur a laissé le champ libre samedi en fin de journée, levant les barrières, «dans un geste d’apaisement», écrit le journal turc Today’s Zaman. Mais jusqu’au dernier moment, les échauffourées entre forces de l’ordre  et révoltés du parc Gezi ont été violentes, les tirs de grenades  à gaz lacrymogène, tendus, répondant aux objets de toutes sortes, pierres, barre de fer...

Dimanche, de nouvelles manifestations ont eu lieu, notamment à Ankara, dispersées par la police. Mais la violence a été moindre, résume Reuters

La révolte a gagné d’autres villes du pays, notamment Ankara, la capitale du pays, et Izmir, ainsi que dans 46 autres agglomérations.

Quel est le bilan humain?

Il est lourd. Le ministre turc de l'Intérieur a parlé samedi soir de 79 blessés, dont 53 civils et 26 policiers et 939 arrestations dans les villes gagnées par la révolte. Selon Reuters, qui cite des sources médicales, les affrontements auraient fait plus de 1.000 blessés à Istanbul et plusieurs centaines d’autres dans la capitale turque Ankara, gagnée à son tour par la colère. Amnesty International a affirmé de son côté qu'il y avait eu deux morts et plus d'un millier de blessés. Certains manifestants, très actifs sur les réseaux sociaux, estimaient qu’il était difficile de dresser un bilan avec précision, dénonçant la difficulté d’accéder aux hôpitaux.

Istanbul, le 31 mai. Osman Orsal/REUTERS

D’où vient la colère des manifestants?

Au départ, une «banale» question d’urbanisme et d’écologie, écrit sur Slate.fr Ariane Bonzon: la destruction des arbres d’un des rares parcs du centre ville pour y construire la copie mégalomaniaque d’une caserne style ottoman qui abriterait un gigantesque centre commercial. Or ce projet, que l'administration a déclaré illégal, a été maintenu par les autorités turques. Plusieurs dizaines de militants associatifs ont alors planté leurs tentes pour s’opposer à la destruction de ce poumon de verdure au cœur de cette métropole de 15 millions d’habitants.

Istanbul, le 28 mai. REUTERS/Osman Orsal  

C’est la répression de ce mouvement qui a mis le feu aux poudres, déclenchant une fronde contre le Premier ministre au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan, et son parti islamiste AKP. Les manifestants accusent Erdogan de dérive autoritaire et de vouloir islamiser le pays. Le vote d'une loi, le 23 mai, restreignant la vente d'alcool a suscité l'ire des milieux libéraux.

Quelle a été la réponse du gouvernement?

Erdogan a reconnu que la police avait agi de façon «extrême» et a ordonné une enquête. Le président Abdullah Gül a jugé le niveau de protestation «inquiétant» et appelé à la retenue, le vice-Premier ministre a présenté ses «excuses» pour les tirs de gaz.  Mais le Premier ministre ne bougera pas de son idée : il continue de soutenir le plan d’urbanisme qui a initié le mouvement, écrit Today’s Zaman. «Ce qui se passe n'a plus rien à voir avec l'arrachage de douze arbres (du parc Gezi). On a affaire à une réaction idéologique», a estimé Recep Tayyip Erdogan dans un entretien à la télévision, au cours duquel il a présenté les manifestants comme des «pillards».

Peut-on parler d’un printemps turc comme on parlait des printemps arabes?

Si le déclic du mouvement peut sembler proche —un jeune homme qui s’immole par le feu en Tunisie parce que sa pauvreté est devenue insupportable, des manifestants qui s’opposent à la destruction de 600 arbres à Istanbul—, la situation de la Turquie — pouvoir démocratiquement élu, soutien d’une grande partie de la population, croissance économique— rend la comparaison difficile.

Lire l’analyse d’Ariane Bonzon Taksim n'est pas Tahrir

Appeler cela un «printemps turc» serait trop dramatiser, écrit le quotidien Hurriyet. Cela pourrait éventuellement tourner comme ça s'il existait des forces d'opposition en Turquie capable d’arrêter «le one man show» du Premier ministre, mais le quotidien en doute. En revanche, ce qui s’est passé le 1er juin marque la première défaite politique du Premier ministre Erdogan.

Que peut-on attendre ce dimanche?

La situation sera probablement tendu, car les manifestants semblent avoir construit des barricades et si le gouvernement a retiré les policiers, rien n’indique qu’ils ne reviendront pas.

Est-ce de l'humour syrien?

Cela ressemble à une mauvaise blague tellement pas drôle qu’on a dû mal à la croire. Et pourtant... Le ministre syrien de l’information s’est exprimé samedi dans les médias officiels de son pays pour faire part de son sentiment sur les manifestations en Turquie, estimant que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan «devrait démissionner» «s’il n’est pas dans la capacité de mettre fin aux protestations avec des moyens non violents».

Omran al-Zoubi a ajouté qu’Erdogan «conduisait son pays comme un terroriste et détruisait le caractère pacifique du peuple turc, dont les demandes ne méritent pas une telle violence», selon les propos rapportés par Sana.

Comment suivre le mouvement au plus près sur Internet?

L’accès à Internet semble chaotique — on nous a signalé que Slate.fr était inaccessible depuis Istanbul. Il n’était pas clair si les difficultés de connexion était la marque d’un filtrage ou une surcapacité du réseau.

Sur twitter, les Turcs utilisent les hashtags #dayangezipark #dayangezipark #direngezipark? #occupygezi  #occupygeziparki

Sur facebook Facebook page #occupygezi.

Un Livestream en direct de la place Taksim

Ce Tumblr avec des images très dures

Et la journaliste de Slate spécialiste de la Turquie Ariane Bonzon sur Twitter

Que font les touristes?

La Turquie, et particulièrement Istanbul, est une destination très prisée des touristes. Sur son site, le ministère des Affaires étrangères ne conseille pas aux Français qui sont sur place ou qui s'y rendent de prendre des dispositions particulières. Simplement d'«Eviter provisoirement la place Taskim à Istambul et se tenir à l’écart des manifestations.» 

JH

Johan Hufnagel
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