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S'il y a si peu de femmes traders, c'est à cause de l'allaitement, selon un milliardaire américain

Cécile Dehesdin, mis à jour le 24.05.2013 à 12 h 34

Une femme nourrit son enfant au sein à Valparaiso (Chili), le 1er août 2012. REUTERS/Eliseo Fernandez

Une femme nourrit son enfant au sein à Valparaiso (Chili), le 1er août 2012. REUTERS/Eliseo Fernandez

Paul Tudor Jones, un milliardaire qui a fait sa fortune dans les fonds spéculatifs, crée la polémique aux Etats-Unis pour un commentaire qu'il a fait lors d'un débat à l'université de Virginie. Pour lui, s'il n'y a pas autant de femmes que d'hommes traders, c'est à cause des enfants.

Il a plus précisément dit: «Dès que les lèvres d'un bébé touchent la poitrine d'une fille, laissez tomber», en faisant un geste vers sa poitrine.

Ces remarques ont été tenues fin avril, et le Washington Post vient de récupérer la vidéo. On y entend Tudor Jones dire:

«Vous ne verrez jamais autant de grands investisseurs femmes qu'hommes, c'est comme ça, point final. Et ce n'est pas parce qu'elles n'en sont pas capables. Elles en sont très capables. C'est comme quand je me rends compte qu'un de mes managers est en train de divorcer [...].

Parce que la distraction émotionnelle créée par un divorce est tellement écrasante. L'idée que vous pourriez penser logiquement pendant une minute et être capable de prendre une décision rationnelle est impossible, en particulier si vous avez des enfants. Vous pouvez automatiquement soustraire 10% ou 20% à n'importe quel manager s'il est en train de vivre un divorce...

Je me rappelle de deux femmes qui ont commencé à E.F. Hutton [une société de courtage, NDLR] avec moi. En quatre ans, en 1980, juste quand j'étais prêt à lancer ma compagnie, elles se sont mariées. Ensuite elles ont eu –ce qui à mon avis, est aussi mortel qu'un divorce– des enfants. Et dès que les lèvres d'un bébé touchent la poitrine d'une fille, laissez tomber.

Chaque idée d'investissement, toute envie de comprendre ce qui va faire que ça va monter ou descendre va être submergé par la plus belle expérience... une expérience qu'un homme ne pourra jamais partager, un lien entre cette femme et ce bébé. Et j'ai vu ça se passer un nombre incalculable de fois. Je parle de trading, pas de management.»

Il répondait à la question du public, qui demandait comment on parviendrait à obtenir plus de diversité dans ce genre de débats universitaires (tous les interlocteurs étaient des hommes).

Le milliardaire dit au Washington Post qu'il avait fait ces remarques «à bâtons rompus» uniquement à propos du domaine du trading macro-économique, où «les hauts et les bas émotionnels sont des obstacles au succès». Il ajoute:

«Comme je l'ai dit à mes trois filles, que j'ai encouragées à un moment ou à un autre à travailler dans le trading macro, tout homme ou toute femme peut faire tout ce que son esprit et son coeur veulent.»

Le directeur de la fac a reçu des plaintes d'anciennes élèves et de professeures après le débat, et a envoyé la semaine suivante un long mail à tous les étudiants disant que les commentaires de Paul Tudor Jones avaient été mal interprétés, et exortant les étudiantes à poursuivre une carrière «dans des industries ou des métiers qui n'ont traditionnellement pas inclu beaucoup de femmes».

Selon le raisonnement de Paul Tudor Jones donc:

  1. Le divorce est aux hommes ce que l'allaitement est aux femmes.
  2. Les femmes vivent apparemment mieux le divorce que les hommes.
  3. Toutes les mères donnent le sein.
  4. L'allaitement fait perdre toute rationalité pour toujours.

Passons sur le diktat de l'allaitement au sein. Salon note que l'analyse de Paul Tudor Jones, «ne mentionne pas [...] la façon dont son industrie est un club de mecs où les responsables masculins choisissent de façon écrasante des jeunes hommes comme leurs protégés plutôt que des femmes, parmi d'autres barrières institutionnelles et implicites».

Tandis que Quartz ajoute que les hommes peuvent tout à fait développer le même attachement émotionnel à leur enfant que les femmes, tant qu'ils passent du temps avec lui. Et rappelle que les femmes font toujours plus de tâches ménagères que les hommes, concluant:

«Dans une société qui demande plus de travail aux femmes accomplies qu'aux hommes accomplis, et dans une industrie qui permet à ce genre de stéréotypes de persister, ce n'est pas une surprise si les femmes traders sont peu nombreuses.»

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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