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Messieurs, lisez des romans, c'est bon pour vos fils!

Catherine Bernard, mis à jour le 24.05.2013 à 11 h 59

Désormais, les filles peuvent jouer au foot ou exercer des métiers typiquement masculins. Il serait temps, désormais, d'inciter les hommes à lire plus de romans: cela faciliterait sans doute l'insertion de leurs fils dans le monde du travail.

Man reading book / Alan Cleaver via FlickrCC License by

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Les enquêtes Pisa le démontrent: dans tous les pays, les garçons sont sensiblement moins performants que les filles quand il s'agit de comprendre un texte écrit. Et la différence n'est pas mince: elle équivaut à environ une année d'études! Or, cette capacité à savoir analyser des textes, à lire entre les lignes et synthétiser, est justement celle qui influe le plus sur l'avenir socio-économique des élèves:

«Les niveaux de compétence en compréhension de l'écrit sont des variables prédictives plus probantes de la prospérité économique et du bien-être social (de l'individu, NDLR) que les indicateurs du niveau de formation basés sur les années d'études et l'apprentissage postérieur à la formation initiale», écrivent ainsi les experts de l'OCDE.

Or si les garçons comprennent moins bien les textes, c'est aussi parce qu'ils en lisent moins. «Ou du moins, parce qu'ils négligent la littérature», précise Gunilla Molloy, professeur à l'université de Stockholm et spécialiste de la pédagogie du suédois.

Car, précise-t-elle, les garçons ne sont pas totalement allergiques aux textes: ils lisent des BD, dévorent la science-fiction, apprécient généralement les livres d'histoire, sans même parler des manuels techniques et des brochures de jeux vidéo où ils sont tout simplement imbattables.

Mais ils délaissent en revanche largement la littérature, qu'il s'agisse de romans ou de poésie. Et ce, dans tous les pays. Or la littérature a un grand avantage: elle apprend à changer de perspective, à se mettre à la place des personnages et tenter de comprendre leurs points de vue, leurs sentiments, leurs problématiques, leurs valeurs.

Cette situation n'a rien d'un hasard: «Une chose est sûre, ce n'est pas la faute de l'école», assure Gunilla Molloy.

«Celle-ci est simplement l'endroit où ces comportements deviennent visibles, tout comme les problèmes qu'ils entraînent. Mais l'école ne fait –en la matière– que refléter ce qui se passe dans la société

Et justement: si les garçons ne lisent pas de romans, c'est bien parce que leurs pères eux aussi les boycottent. Car dans l'imaginaire masculin, être adepte de littérature n'est absolument pas bon pour affirmer sa virilité. «Une fille aujourd'hui peut porter un pantalon, jouer au football ou lire des romans sans que sa féminité ne soit mise en cause. Un garçon en revanche ne peut pas mettre une jupe, faire partie d'un ballet ou lire de la poésie sans que son image masculine n'en prenne un coup», poursuit la professeure.

Bref, il serait temps de combattre les idées reçues et de lancer des initiatives intelligentes pour réconcilier les hommes et la littérature. Après tout, des industries, comme celle du bâtiment, s'offrent bien des campagnes pour séduire les femmes! La France n'est pas forcément la plus mal placée en la matière: «Pendant des années, vous avez bien eu une émission de télé où les hommes discutaient littérature en fumant, non?», sourit Gunilla Molloy en faisant allusion à «Apostrophes».  Pour son pays, elle mise plutôt sur la généralisation des congés paternité, qui permettent aux papas de redécouvrir les contes... et l'univers romanesque.

C.B.

Catherine Bernard
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Journaliste
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