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Les émeutes en Suède, ça ne vous rappelle rien?

Le pays connaît depuis quatre nuits une flambée de violence dans la banlieue de Stockholm. Toute ressemblance avec des événements ayant eu lieu en France en 2005 ou 2007 n'est pas que fortuite.

A Kista, le 21 mai, dans la banlieue de Stockholm. REUTERS/Fredrik Sandberg/Scanpix

Vous avez déjà lu différents articles traitant de l’excellent système de sécurité sociale de la Suède, de ses garderies innovantes, supprimant la distinction de genre entre les enfants, ou encore de ses congés parentaux plus que généreux. Mais voici l’histoire que ceux qui veulent faire passer la Suède pour un paradis social-démocrate sont moins enclins à raconter: pendant quatre nuits consécutives, les résidents de plusieurs banlieues, majoritairement issus de l’immigration, ont manifesté avec violence en brûlant des voitures, en s’opposant à la police, et en mettant le feu à des bâtiments.

Ces émeutes, les pires que le pays a connues depuis de nombreuses années, ont été déclenchées par la mort d’un homme de 69 ans armé d’un couteau, et tué par le tir d’un policier la semaine dernière dans la banlieue d’Husby, devenue l’épicentre des violences.

Des bandes mobiles de jeunes en colère s’opposent régulièrement à la police depuis, et les résidents d’Husby se sont plaints de traitement raciste de la part des agents de police qui selon eux leur auraient donné des surnoms tels que «singe».

Ce qui se passe à Husby est la conséquence du travail que la Suède a entrepris pour l’intégration de son importante population immigrée [La Suède n'est devenue que récemment un pays d'accueil pour les candidats à l'émigration, on estime que 15% de la population est née à l'étranger, NDLE]. La ségrégation du logement existe dans le pays, et Husby est un cas témoin qui montre comment les populations issues de l’immigration sont devenues majoritaires dans la grande banlieue de Stockholm.

Le graphique ci-dessous (extrait de cet essai sur la ségrégation du logement) illustre ce phénomène. Selon votre perspective politique, soit les Suédois «de naissance» ont fui Husby, soit les immigrés les ont poussés dehors:

Graphique: Nombre total de résidents et nombre de résidents d’origine suédoise et issus de l’immigration à Husby, Stockholm, 1999-2000.

Husby est également frappée par le chômage, et ce problème touche particulièrement les jeunes. Presque 30% des jeunes de la ville ne travaillent pas et ne sont pas inscrits à l’école, un chiffre qui reflète une tendance plus large du chômage chez les immigrés, comparés à la population native.

On peut voir les vidéos des émeutes sur YouTube. Elles dressent le portrait d’une police aux réactions agressives, et quelque peu maladroites. Confrontées à des résidents énervés, les forces de l’ordre ont utilisé des chiens et sorti leur arme pour intimider la foule. Dans la vidéo ci-dessous, on les voit charger des résidents, avant de se retirer puis de charger une nouvelle fois.

Les forces de police ont également eu recours à des chiens pour disperser la foule. Ici, un officier demande à un résident de reculer s’il ne veut pas se faire mordre. La voix féminine à la fin de la vidéo demande à plusieurs reprises à la police: «Vous n’avez pas honte?!»

Voici à quoi ressemblait la scène depuis un des immeubles du quartier. Comme on le voit sur la vidéo, Husby est composée de structures de logement très imposantes, qui font partie de ce qu’on appelle le programme million, un plan visant à augmenter radicalement le nombre de propriétés résidentielles du pays.

Sur cette vidéo, on peut voir un journaliste suédois paniqué en train de faire un reportage sur des voitures brûlées à Husby. Il raconte, tout excité, qu’une pièce de métal s’est dirigée à «grande vitesse» vers «l’endroit exact» où il était en train de filmer. Quand il essaie de la soulever pour la montrer à la caméra, il déclare qu’elle est bien trop brûlante. On peut traduire le titre de la vidéo par: «un reporter de l’Expressen obligé de se mettre à l’abri».

La  classe politique suédoise s’est divisée. Les démocrates suédois, nationalistes, ont demandé à la police de déployer les canons à eau pour disperser les émeutiers. Pendant ce temps, le chef du plus important parti de l’opposition, les sociaux-démocrates, a rendu visite en pleine nuit et en secret aux résidents de Husby pour leur parler. Le Premier ministre, Fredrik Reinfeldt, a affirmé que ni lui ni aucun autre membre de son gouvernement ne s’y rendrait, et a déclaré que «la Suède ne peut être contrôlée par la violence» (ceux qui souhaiteraient le critiquer pourraient lui rappeler que les émeutes ont été déclenchées par la violence des policiers).

En bref, personne ne sait vraiment comment réagir face aux violences qui frappent le pays, à part espérer que les cocktails Molotov ne reviennent pas dans les rues d’Husby.

Elias Groll

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

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