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Azerbaïdjan: un activiste emprisonné pour «hooliganisme» à cause d'un Harlem Shake

Rebecca Vincent, mis à jour le 21.05.2013 à 10 h 28

Capture d'écran

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Au début de l’année, le Harlem Shake, un mème vidéo sur Internet, est devenu un phénomène viral. Pour la plupart des gens, ce phénomène était une petite rigolade qui est vite devenue dépassée. Mais en Azerbaïdjan, au moins un activiste risque d’en subir les conséquences pour les années à venir.

Le 17 mai, le jeune activiste azerbaïdjanais Ilkin Rustemzade a été arrêté pour hooliganisme à cause de son implication présumée dans une vidéo de Harlem Shake filmée dans la capitale du pays, Baku.

La vidéo, qui a été publiée sur YouTube plus de deux mois avant son arrestation, est complètement apolitique, et Ilkin Rustemzade n’apparaît même pas à l’écran. Le gouvernement affirme qu’il a aidé à la filmer, mais son avocat réfute toute implication.

D’autres personnes qui ont fait des vidéos d’Harlem Shake à Baku n’ont pas été punies, comme les membres d’un mouvement de jeunes favorables au gouvernement. La vraie raison pour laquelle Rustemzade a été pris pour cible est son activisme sur Internet et ses critiques contre le gouvernement au sein du mouvement Free Youth Organization. Ilkin Rustemzade a déjà été condamné à deux mois de détention préventive, et il risque jusqu’à cinq ans de prison s’il est jugé coupable de hooliganisme.

A peine deux jours avant son arrestation, Ilkin Rustemzade avait été relâché après 15 jours de détention administrative. Il avait été arrêté pour un rassemblement pacifique en commémoration des victimes de la fusillade de 2009 à l’Académie nationale du pétrole d’Azerbaïdjan. Ilkin Rustemzade a également fait six jours de détention administrative en mars pour avoir organisé une manifestation pour attirer l’attention sur les décès de soldats en dehors des situations de combat.

Le président du Club des droits de l’homme de Baku, Rasul Jafarov, a déclaré dans un communiqué par email le 20 mai:

«Le ciblage d’individus en connexion avec une vidéo de Harlem Shake inoffensif souligne l’absurdité de la situation politique actuelle dans le pays.»

Vraiment absurde. La semaine dernière, le parlement azerbaïdjanais a aussi fait passer une loi qui, une fois qu’elle sera signée par le Président, criminalisera la diffamation en ligne, ce qui signifiera que les citoyens risqueront trois ans de prison pour ce qu’ils écrivent sur Internet.

Malgré leur engagement affiché pour la liberté sur Internet, les autorités azerbaïdjanaises semblent déterminées à identifier et punir les individus qui expriment des opinions critiques ou font des appels à manifester en ligne. Plus de 80 autres individus sont actuellement derrière les barreaux en Azerbaïdjan pour des motifs politiques, dont sept membres du mouvement civique NIDA qui étaient des utilisateurs actifs des réseaux sociaux. Il y a également de plus en plus de signalements de harcèlement, d’interrogatoires et d’arrestations d’individus en connexion avec leur activité sur Facebook.

Les activistes locaux craignent que Ilkin Rustemzade ne reste pas longtemps la seule personne arrêtée en connexion avec cette vidéo. Le chef d’accusation contre lui étant «hooliganisme en groupe», on peut s’attendre à d’autres arrestations. Une des cibles potentielles est Mehman Huseynov, un photojournaliste, blogueur et activiste connu qui apparaît sur la vidéo.

Emin Milli, un blogueur qui a déjà été emprisonné, pense que la situation va continuer à empirer. Milli et son ami Adnan Hajizade, souvent appelés les «blogueurs-âne», ont passé 17 mois en prison en 2009-2010 après une condamnation politique pour hooliganisme à cause d’une vidéo satirique qu’ils avaient publiée sur YouTube qui montrait une conférence de presse avec une personne déguisée en âne. Milli m’a confié:

«C’est complètement absurde que quelqu’un se fasse arrêter pour cette vidéo, juste pour s’être amusé. A chaque fois que je crois que la situation en Azerbaïdjan ne peut pas devenir plus absurde, le gouvernement me fait mentir.»

Rebecca Vincent
Activiste des droits de l’homme américano-britannique

Traduit par Grégoire Fleurot

Rebecca Vincent
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