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Dix ans de prison pour avoir vendu de faux détecteurs de bombe en Irak

Slate.com, mis à jour le 03.05.2013 à 10 h 31

Ils étaient censés détecter les bombes, ce n'était que des appareils pour retrouver des balles de golf. Ils étaient utilisés aux checkpoints en Irak...

Soldats américains de la 760e Compagnie de neutralisation d'engins explosifs s'apprêtant à détruire par explosion près de 8 tonnes de munitions près de Kerbala, en Irak, 4 Avril 2009.par Staff Sgt. Dave Lankford de l'US Army

Soldats américains de la 760e Compagnie de neutralisation d'engins explosifs s'apprêtant à détruire par explosion près de 8 tonnes de munitions près de Kerbala, en Irak, 4 Avril 2009.par Staff Sgt. Dave Lankford de l'US Army

Jim McCormick, l'escroc qui a vendu des faux détecteurs de bombe au gouvernement irakien et d’autres agences internationales pour plusieurs millions de dollars, a été condamné le 2 mai à dix ans de prison sous trois chefs de fraude, la sentence maximum pour ses crimes sous la loi britannique.

Pour le juge qui a rendu le verdict, la combine est un «abus de confiance insensible» et la fraude la plus sérieuse dont il ait jamais entendu parler, selon le Guardian. Pas compliqué de comprendre pourquoi: les engins coûtent moins de 50 dollars (38 euros) à fabriquer et s'inspiraient principalement d'un nouvel appareil pour retrouver les balles de golf appelé le Gopher

Les «détecteurs de bombe» ADE651 étaient ensuite vendus pour des millers ou des dizaines de milliers de dollars. La première génération de détecteurs ADE, le numéro 101, était simplement un Gopher dont on avait changé l’autocollant.

Selon un article de 2009 du New York Times, le gouvernement irakien a acheté plus de 1.500 ADE651, pour des sommes entre 16.500 dollars et 60.000 dollars (12.600 euros et 45.800 euros) chaque fois. «Presque tous les points de contrôle de police et plusieurs points de contrôle militaires irakiens ont un de ces engins qui sont aujourd’hui normalement utilisés à la place d’inspections physiques des véhicules»,  écrivait alors le quotidien.

De nouvelles versions de l’engin, comme le remarque Vice magazine, avaient un manche «plus lourd» et une mallette pour leur donner une apparence plus légitime que le produit d’origine. Mais ces améliorations cosmétiques n’ont rien fait pour aider à détecter les explosifs.

Ces accessoires de pacotille contenaient un bout de plastique de la taille d’une carte de crédit, qui était censé transmettre le courant. En réalité, ce bout de plastique ne faisait rien du tout. McCormick prétendait que ses détecteurs marchaient sous terre, à travers les immeubles et à travers le plomb –bien qu’ils n’avaient pas de source d'énergie. En réalité, il s’agissait de manches avec une antenne attachée qui pouvait bouger d’un côté à l’autre.

Voici la scène du verdict décrite par The Guardian:

«Le juge a dit a McCormick, assis, impassible, sur le banc des accusés: “Votre conduite frauduleuse en vendant tant d’engins inutiles pour d’énormes profits a promu un faux sens de sécurité et a probablement contribué à la mort et aux blessures de beaucoup d’individus innocents.”

Il a décrit la manière dont McCormick a vendu, avec un petit groupe d’agents, 7.000 engins sous la marque ADE au gouvernement irakien et d’autres agences internationales pour des prix estimés entre 2.500 dollars et 30.000 dollars, alors qu’ils coûtaient moins de 50 dollars.

“L’engin était inutile, le profit scandaleux et votre culpabilité comme escroc est à classer parmi les plus hautes”, a-t-il dit à McCormick, qui risque de se voir confisquer ses biens, estimés à plusieurs millions d’euros.»

La défense de McCormick a essayé en vain de convaincre le juge que l’escroc ne devrait pas être considéré comme coupable des morts causées par des bombes passées inaperçues aux points de contrôle qui se reposaient sur ses machines. Ses avocats ont plaidé, principalement, que l’insurrection était tellement grave qu’aucune machine n’aurait marché. Les «détecteurs de bombe», qui étaient encore utilisés début 2013 dans certaines zones même s'ils ont été discrédités il y a des années, ont certainement été impliqués dans la mort et les blessures de plusieurs milliers de personnes rien qu’en Irak.

Abby Ohlheiser

Traduit par Daphnée Denis

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