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A l'approche du Nobel, quatre physiciens veulent renommer le boson de Higgs

Thibault Prévost, mis à jour le 24.04.2013 à 12 h 28

Higgs Boson 2010jurvetson via FlickrCC License by

Higgs Boson 2010jurvetson via FlickrCC License by

En cette période de débat autour du mariage homosexuel, on parle pas mal de la filiation. Dans le monde clos de la physique expérimentale, c’est (presque) pareil: on se déchire pour savoir qui sera le père d’une particule –c’est normal, ce sont des physiciens. Pas n’importe laquelle, puisqu'il s'agit du boson de Higgs, indique la BBC.

Après la fabuleuse découverte de la «particule de Dieu», en juin 2012, au Large Hadron Collider (LHC, «collisionneur à hadron large») de Genève, le professeur Peter Higgs –qui avait prédit mathématiquement l’existence de cette particule, «ciment» de la matière– est devenu une sorte de légende vivante de la communauté scientifique.

En 1964, il est le premier à publier une étude émettant l’idée que les particules subatomiques devaient, pour intéragir entre elles, avoir une masse quelque part, et qu’il faudrait bien la trouver un jour. Cinquante ans plus tard, à l’annonce de la découverte, face aux journalistes et aux physiciens du monde entier, c’est lui et lui seul qui a reçu une standing ovation, les larmes aux yeux. Ce qui a pu en irriter certains.

Ils sont quatre. Quatre autres physiciens à réclamer leur morceau de couverture médiatique, à militer pour que le boson soit débaptisé et renommé: Francois Englert, Gerald Guralnik, Tom Kibble et Carl Hagen (Robert Brout militait également, mais il est mort en 2011).

«J’ai toujours pensé que ce nom n’était pas le bon, a déclaré le professeur Hagen à BBC World News. Peter Higgs a été traité comme une sorte de rock star et le reste d’entre nous a été à peine reconnu par le public. Il est clair que Higgs nous a fait de l’ombre simplement parce que son nom est associé au boson.»

Problème: le seul acronyme convenable qui ait émergé s’écrit «BEHGHK» (prononcer «berk»), et les scientifiques de tous bords sont habitués à utiliser le nom de Higgs depuis plus de quarante ans –ce qui est plutôt rare, dans le monde scientifique.

Jalousie mal placée, donc? Pas si simple. Le Nobel de physique approche, et les quatre oubliés l’auraient mauvaise si jamais le seul Peter Higgs venait à être sacré. D’où l’intérêt de la démarche, sachant qu’une découverte de cette importance est quasiment assurée de rafler le prix.

Mais là encore, un problème surgit: les règles du Nobel prévoient qu’un maximum de trois personnes peuvent être sacrées en même temps. Avec Higgs lui-même, ils sont cinq physiciens. Que la bataille commence.

Thibault Prévost
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