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Les attentats de Boston, une bénédiction pour la vente d’armes aux Etats-Unis

Daphnée Denis, mis à jour le 22.04.2013 à 8 h 50

Les ventes d'armes à feu ont grimpé pendant la traque de Dzhokhar Tsarnaev: les Républicains essaient de récupérer les évènements de Boston pour libéraliser davantage les lois sur la commercialisation de munitions.

Des policiers à Boston, le 19 avril 2013 (REUTERS/Brian Snyder).

Des policiers à Boston, le 19 avril 2013 (REUTERS/Brian Snyder).

Vendredi 19 avril, alors que la police traquait Dzhokhar Tsarnaev et que la ville de Boston était entièrement bloquée, de peur que le suspect de 19 ans ne fasse de nouvelles victimes, les fabricants d’armes à feu ont gagné plusieurs points en Bourse aux Etats-Unis.

Les attentats ont été une bénédiction cachée pour les vendeurs d’armes à feu: le fait que le Sénat américain ait refusé de passer une loi renforçant le contrôle du port d’arme le 17 avril en avait, paradoxalement, fait baisser la demande. Mais une chasse à l’homme plus tard, voilà que les cours des actions des fabricants d’armes ont grimpé, d’Olin Corp (+2,5%) à Sturm & Ruger (+1,85%).

«Aux Etats-Unis, c’est une conséquence typique des fusillades ou des attaques terroristes, explique Quartz. Les investisseurs s’attendent à ce que les ventes des fabricants d’armes augmentent car plus de personnes font des réserves de munitions d'autodéfense.»

Plus étonnant: surfant sur la réaction du public à la menace terroriste, certains Républicains espèrent carrément faciliter la vente de munitions, alors même que 90% des Américains appuyaient la loi de vérification des antécédents des porteurs d’armes

ThinkProgress rapporte qu’un nombre grandissant de conservateurs cherchent à utiliser les attentats de Boston pour simplifier la vente de recharges «à haute capacité», fortement contrôlée dans beaucoup d’Etats.

Nate Bell, un républicain de l’état d’Arkansas, membre de la Chambre des représentants et de la NRA, a ainsi twitté vendredi que les habitants «libéraux» de Boston devaient souhaiter «avoir des [fusils d’assaut] AR-15 avec des chargeurs à haute capacité» (il a depuis effacé cette brillante contribution au site de micro-blogging).

De même, le représentant texan Louie Gohmert, membre du Tea Party, a suggéré que ce dont Boston a le plus besoin en ce moment, ce sont des lois plus flexibles sur la taille des chargeurs sur le marché:

«Ce qui m’a choqué… quand j’ai appris que les résidents de Boston et de la zone où ils pensaient que [le suspect] pouvait se trouver avaient pour ordre de rester chez eux, que les boutiques étaient restées fermées, que les transports publics étaient restés fermés…

Laissez-moi vous poser la question, si vous êtes assis chez vous et qu’il n’y a que deux possibilités de visite, l’une étant celle des forces de police, l’autre celle d’une personne qui a déjà tué des Américains et qui continue de le faire, combien de recharges voulez-vous avoir de disponibles dans votre fusil pendant que vous êtes assis et que vous attendez?»

Ce discours est d’une mauvaise foi impressionnante, étant donné que plus de 3.500 personnes ont été abattues par balle sur le sol américain depuis Newtown, soit 19 fois le nombre de victimes, mortes ou en vie, des explosions de Boston et de la traque du suspect (4 morts, plus de 180 blessés). Reste que les paroles de Gohmert sont susceptibles de convaincre certains Américains au lendemain de la traque surmédiatisée d’un adolescent dont le FBI pense aujourd’hui qu’il n’avait en réalité de pas liens avec une organisation terroriste

D.D.

Daphnée Denis
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