Monde

Attentats de Boston: la sagesse de Ruslan Tsarni, l'oncle des deux suspects

Temps de lecture : 2 min

L'oncle de Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev a supplié les Etats-Unis de dissocier les actes reprochés à ses neveux de leurs origines ou de leur religion.

Ruslan Tsarni devant sa maison. (REUTERS/Joshua Roberts)
Ruslan Tsarni devant sa maison. (REUTERS/Joshua Roberts)

Ruslan Tsarni, l’oncle de Dzokhar et Tamerlan Tsarnaev, les deux suspects des attentats de Boston, a marqué les esprits aux Etats-Unis quand, face aux caméras des plus grandes chaînes internationales, il a expliqué qu’il avait honte de ses deux neveux et a supplié Dzokhar de se rendre aux autorités.

Mais il a également propagé un message que les Américains n’ont pas l’habitude d’entendre: non, ce drame n’est pas lié à l’islam. Et il n’a rien à voir avec la Tchétchénie.

«Qu’est-ce qui a provoqué [ces crimes]lui a demandé un journaliste sur la pelouse de sa maison dans le Maryland. Sa réponse:

«Euh, le fait d’être des losers. La haine de ceux qui ont réussi à faire leur vie ici. Ce sont les seules explications qui me viennent à l’esprit.»

Puis il a ajouté:

«Tout ce qui a à voir avec la religion, avec l’Islam, c’est de la fraude, c’est un mensonge.»

Après plusieurs journées de spéculation sur des attentats islamistes et de faux suspects «à la peau sombre» ou d'origine arabe, cette affirmation touche un point sensible aux Etats-Unis. L’oncle Ruslan a su expliquer que ce crime est le crime de deux individus «qu’on a radicalisés» –pas celui d’une communauté. «Non, ils ne sont jamais allés en Tchétchénie! Tout ce qui s’est passé n’a rien à voir avec la Tchétchénie», a-t-il ainsi continué, rappelant au public que l’un était né au Daghestan, l’autre au Kirghizistan. (En réalité, les deux frères ont visité leur région d’origine l’été dernier, selon leur père.)

Seul moment de dissonance: celui où, sous le choc, Ruslan a affirmé que «les Tchétchènes sont un peuple pacifique», comme le remarque Nicholas Thompson dans le New Yorker.

Le conflit russo-tchétchène est bien entendu plus complexe que cela. Mais Tsarni a eu raison d’implorer son pays d’adoption d’éviter une chasse aux sorcières. Face à la question piège «Que pensez-vous des Etats-Unis?», il a ainsi eu une réponse digne et apaisante pour le public américain en colère:

«Je respecte ce pays. J’adore ce pays. Ce pays permet à tout le monde d’être traité comme un être humain, et simplement d’être un être humain.»

Alors que retenir de l’intervention de l’oncle? Notre collègue de Slate.com William Saletan en tire la conclusion suivante:

«Nous nous rappellerons tous des images de cette horreur. Du petit garçon innocent debout sur une rampe lors de ses derniers instants. Du tueur sans scrupule qui a posé son sac à dos juste à côté de lui. Des explosions. Du sang sur le sol. De la vidéo de surveillance. De la chasse à l’homme. Nous propagerons des rumeurs et nous nous disputerons au sujet de pays, de religions, de cultures.

Mais n’oublions pas l’oncle. N’oublions pas son plaidoyer –alors même qu’il demandait pardon pour sa famille, alors même qu’il regrettait l’opprobre jeté sur sa nationalité et sa foi: il n’est pas de religion, de pays, de peuple, qui puisse être blâmé pour une atrocité pareille. Nous pourrions tous être cet homme, cet homme innocent qui n’arrive pas à se défaire de sa honte.»

Espérons que les Etats-Unis écoutent l'oncle Ruslan.

D.D.

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