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Boston: à quoi ressemble une ville après des explosions?

Justin Peters, mis à jour le 17.04.2013 à 10 h 09

L'épouse de Justin Peters habite Boston. Dès qu'il a appris la nouvelle, le journaliste est parti de New York pour rejoindre la ville du Massachusetts.

Boston, le 15 avril 2013. REUTERS/Shannon Stapleton

Boston, le 15 avril 2013. REUTERS/Shannon Stapleton

BOSTON – Le carrefour de Newbury et Clarendon Streets est couvert de feuilles de Mylar argentées. Les marathoniens utilisent ces «couvertures de l’espace» pour se réchauffer après la course. Mais ce soir, huit heures après que des bombes ont explosé près de la ligne d'arrivée du marathon de Boston, faisant au moins trois morts et plus de cent blessés, les couvertures en Mylar restent entassées dans la rue, inutilisées, tels les débris d’un vaisseau spatial qui aurait fait naufrage.

Boston semble isolée du monde, ce soir. Les rues sont désertes, jonchées de caisses de bouteilles d’eau, de bananes écrasées, de panneaux d’encouragements abandonnés, destinés à des coureurs qui n’ont peut-être même pas fini la course. Le soir en général, Copley Square grouille de voitures, de mendiants, de fêtards et d’hommes d’affaires. En ce moment, les rues sont entourées de barrières en métal et de ruban jaune de la police; au milieu de la place se dresse une tente de soins médicaux.

Ma femme habite ici, dans le quartier de Back Bay, à trois pâtés de maisons du lieu où deux explosions ont dévasté Boylston Street, près de la Boston Public Library. J’aurais entendu les déflagrations de mon canapé si j’avais été à la maison avec elle. Je suis revenu de New York dès que j’ai entendu la nouvelle, et pendant le trajet, les photos qui arrivaient sur mon téléphone m’ont glacé le sang: vitrines fracassées, rues tachées de sang, des images dévastatrices car elles me sont si familières. Je connais ces boutiques. Je connais ces rues.

On ne peut s’approcher du lieu des explosions pour l’instant, car toute la zone de Copley Square est barricadée, mais on peut en faire le tour. C’est ce que j’ai fait pendant les deux heures qui ont suivi mon arrivée en ville, pour tenter de m’éclaircir les idées.

Sur Boylston et Berkeley, des centaines et des centaines de sacs jaunes appartenant aux coureurs attendaient d’être récupérés par leurs propriétaires. Ils étaient empilés derrière des barrières temporaires, surveillés par de jeunes membres de la Garde nationale aérienne, qui semblaient tout aussi abasourdis que les coureurs qui, seuls ou par deux, venaient reprendre leurs affaires. Quand personne ne les regardait, certains gardes s’approchaient discrètement de la barricade de Boylston Street et pointaient en silence l’objectif de leur téléphone portable en direction des débris.

REUTERS/Jessica Rinaldi

Devant la gare ferroviaire de Back Bay, à environ trois ou quatre pâtés de maisons du lieu des explosions, deux vagabonds commentent les événements du jour. «Jétais assis là, j’buvais une bière, et d’un coup wow!» relate l’un d’entre eux, rejouant la scène pour ses amis.

«Et puis ils ont eu une autre alerte, et ils ont évacué tous les hôtels. Comme j’vous l’dis!»

Il fait une pause, puis change de sujet.

«Mumbles s’est cassé la jambe hier soir.»

Trois mètres plus loin, le reporter d’une télé locale apprend avec bonheur que le journaliste qui se tient à côté de lui vient d’Allemagne (la presse internationale a afflué toute la soirée, traînant de lourdes valises, dans les hôtels de Back Bay). «J’ai des amis à Hambourg. Je vais au festival de jazz de Hambourg le mois prochain!», s’enthousiasme-t-il, avant de se tourner vers la caméra qui commence à filmer. «Regardez la scène», dit-il, soudain lugubre.

Tout le monde parle pour combler le silence. Mais le silence parle de lui-même. Le ruban jaune de la police barre le passage, mais Boston est une grande ville, et les flics ne peuvent pas surveiller toutes les rues et les ruelles interdites.

Je m’éloigne des clodos et des journalistes, me glisse sous le ruban de balisage et me dirige vers l’obscurité de Blagden Street, juste derrière la bibliothèque municipale. Sur ma gauche, les immenses fenêtres cintrées du Johnson Building moderniste révèlent une salle de lecture vide vivement éclairée. A ma droite, trois femmes fument devant un immeuble. Elles ont l’air d’avoir pleuré toutes les larmes de leur corps.

Devant moi, Exeter Steet, là où c’est arrivé. La route est bloquée par des voitures de police. Je ne vois pas grand-chose, excepté, non loin de moi, du personnel de secours revêtu de combinaisons intégrales blanches, qui fouillent, scrutent et tentent de comprendre ce qui vient juste de se produire ici.

Justin Peters

Traduit par Bérengère Viennot

Justin Peters
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