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Peut-on prouver que Neruda est mort empoisonné par la dictature de Pinochet?

Temps de lecture : 2 min

L'enquête sur les circonstances de la mort du prix Nobel de littérature chilien risque de se heurter à l'état de son corps, dont elle a ordonné l'exhumation.

Pablo Neruda à la Library of Congress, à Washington D.C (via Wikimedia Commons).
Pablo Neruda à la Library of Congress, à Washington D.C (via Wikimedia Commons).

Le corps de Pablo Neruda va être exhumé, ce lundi 8 avril au Chili, dans le cadre d’une enquête sur les circonstances de sa mort, il y a près de quarante ans.

Officiellement, le prix Nobel de littérature se serait éteint à cause d’un cancer de la prostate, douze jours après le coup d’Etat du général Augusto Pinochet, en septembre 1973. Pourtant, depuis 2011, l’ancien chauffeur du poète, Manuel Araya, affirme qu’il a été empoisonné par la dictature militaire alors qu’il prévoyait de s’exiler au Mexique. «On lui a fait une piqûre létale dans le ventre», a-t-il affirmé à plusieurs reprises.

A l’origine, Mario Carroza, le juge saisi par le parti communiste chilien, doutait de cette version des faits. Mais l’enquête menée par la justice pendant deux ans a rendu l’exhumation nécessaire «à cause de toutes les interrogations et des doutes soulevés», a affirmé le magistrat à El Pais.

Mais peut-on réellement déterminer la cause de la mort du poète avec quarante ans de retard? Probablement pas.

Le corps de Neruda est enterré depuis 1973 devant sa propriété de l’Ile Noire, comme il l’avait demandé dans son recueil de poèmes Canto General («Le Chant général»). Les médecins légistes auront affaire à des restes usés par l’eau de mer qui pénètre le sol où se trouve sa sépulture, comme le souligne le Guardian.

Pour le docteur Luis Ravanal, un expert médico-légal interviewé par l’Associated Press, le Chili manque de moyens pour mener à bien une enquête d’une telle envergure. Le pays n’a ni les ressources ni le matériel suffisants pour effectuer l’analyse complète d’un cadavre en décomposition depuis plusieurs décennies. Et bien que plusieurs laboratoires étrangers aient proposé de s’associer aux tests, ceux-ci ne pourront pas assister le groupe de chercheurs chargés de trouver les causes de la mort de Neruda, comme l’a regretté l’avocat du parti communiste chilien, Eduardo Contreras.

Les chercheurs qui s’apprêtent à analyser les os du poète communiste restent les meilleurs dans leur domaine. Ils seront quatre membres du Service médico-légal chilien, quatre experts de l’Université du Chili et quatre experts étrangers à se pencher sur le cas Neruda: parmi eux, le basque Francisco Etxebarria avait participé à l’exhumation du corps de l’ancien président Salvador Allende, dont il avait pu prouver le suicide.

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Les analyses chercheront à établir si le cancer de Neruda a été la seule cause de sa mort, a annoncé le président du SML, Patricio Bustos, qui dirigera l’équipe de chercheurs. Bien que les restes soient probablement en très mauvais état, il n’y a aucun doute quant à l’identité du cadavre, a-t-il ajouté: des photos de l’enterrement prouvent qu’il s’agit bien l’auteur de Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée.

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