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Kim Jong-Un est le roi des Internets

Le leader nord-coréen est peut-être un dictateur dangereux et mal dégrossi, mais il est manifestement un expert des médias.

En juin 2012. Agence officielle KCNA, via REUTERS.

Ces trente derniers jours, le jeune chef d’Etat (30 ans?) est parvenu à manipuler les médias avec une dextérité que lui aurait sans doute enviée son père. Nous ne sommes qu’au début du mois d’avril, et l’intérêt d’Internet pour la Corée du Nord a atteint des seuils jamais égalés au cours des dix dernières années écoulées, à en croire Google Trends. (Les recherches d’articles de presse sur le sujet ont connu la même hausse stratosphérique.)

Au cours des 30 derniers jours, une recherche de LexisNexis portant sur les grands journaux américains a montré une hausse du volume des articles portant sur cet Etat totalement fermé sur lui-même de 49% par rapport au mois précédent. Pendant des semaines, bon nombre de médias ont fait leurs unes avec les annonces et les menaces tonitruantes du régime de Pyongyang.

[EDIT Slate.fr: le groupe informel de hackers Anonymous a envoyé cette semaine un message au dictateur coréen, atteint selon eux du «syndrome de la petite bite», et piraté les comptes Twitter et Flickr du régime, réussissant selon eux une infiltration dans l’Intranet du pays (nom de code opNorthKorea). Ce que ne croit pas le Washington Post, citant des experts informatiques].

Chacun sait que cela fait des années que la Corée du Nord utilise son arsenal nucléaire comme un moyen de chantage et il n’y a donc rien de neuf en la matière. Pourtant, cette histoire est omniprésente dans les journaux.

Comment cela se fait-il?

En apparence, Kim utilise les mêmes règles de feu son père: faire peur aux puissances occidentales en agitant la menace de frappes nucléaires afin d’obtenir quelque chose en échange. Mais dans ses méthodes, le jeune Kim vient d’initier un nouveau processus, consistant à distiller ses menaces au compte-goutte, au rythme d’une par jour. Il y a quelques heures, par exemple, Pyongyang a de nouveau proféré une menace en affirmant que le régime avait donné «son accord final» à une attaque nucléaire contre les Etats-Unis.

En substance, une telle déclaration n’a rien de différent des précédentes menaces de bombardement nucléaire des Etats-Unis – ex: les Etats-Unis sont une «citrouille bouillie» (ah?) vulnérable aux attaques nucléaires ou la République Populaire de Corée du Nord va exercer son «droit à des attaques nucléaires préventives» - mais d’un point de vue rhétorique, le langage utilisé était construit de telle manière que l’information se suffisait à elle-même et ne nécessitait pas de commentaire. (Vous trouverez ici, en anglais, une liste complète de ces menaces.)

En fait, la créativité même des menaces du jeune Kim a surpris jusqu’aux plus grands spécialistes de la péninsule. «Il ne semble pas que les Nord-Coréens soient prêts d’arriver à cours de menaces», a ainsi dit Scott Synder, chargé de recherche et responsable des Etudes Coréennes au sein du Concil on Foreign relations, dans une interview accordée à Foreign Policy début mars. En fait, pour la Corée du Nord, c’est juste un tour de chauffe.

Il est bien sûr facile de décrypter le programme de Kim Jong-Un. Aujourd’hui comme demain, les menaces distillées au compte-goutte permettent de maintenir en alerte le reste de la planète. En une époque où le storytelling a littéralement envahi toute la sphère médiatique, le jeune Kim semble avoir adopté la meilleure stratégie de relations publique qui soit. Et on vous dit à demain pour un nouveau coup tordu du petit Kim!

Le public américain ne peut tout simplement pas résister:

Que la Corée du Nord parvienne à faire réellement passer le message qu’elle entend passer est un autre débat. La Maison-Blanche a mis en garde ceux qui tiendraient les menaces de Pyongyang comme des rodomontades et a affirmé prendre ces menaces «très au sérieux.» Mais l’explosion des memes sur Kim Jong-Un semble indiquer que le grand public n’est pas vraiment effrayé par les gesticulations nord-coréennes.

Mais qu’il nous terrorise ou qu’il nous fasse rire, le Cher Leader est l’objet de toute notre attention. C’est précisément ce qu’il voulait.

John Hudson

Traduit de l’anglais par Antoine Bourguilleau

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