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Mais qui a vraiment tué Ben Laden? La polémique médiatique

Temps de lecture : 2 min

Une sculpture de sable à l'effigie de Ben Laden, sur une plage indienne le 2 mai 2011. REUTERS
Une sculpture de sable à l'effigie de Ben Laden, sur une plage indienne le 2 mai 2011. REUTERS

Le véritable scénario de la mort de Ben Laden, et l'identité du Navy Seal qui l'a tué, continue de faire polémique aux Etats-Unis. On avait déjà eu la version officielle, selon laquelle Ben Laden était armé et s'était servi de femmes comme boucliers. Puis la deuxième version officielle, selon laquelle n'était pas armé mais avait résisté à sa capture, et n'aurait pas utilisé des femmes comme boucliers. On a ensuite eu celle de Matt Bissonnette, un membre des forces spéciales qui a participé à l'opération et écrit un livre à ce sujet sous le pseudonyme Mark Owen.

D'après lui, Ben Laden ne représentait pas une menace pour les forces spéciales lorsqu'elles lui ont tiré dessus. Il raconte également qu'il montait les escaliers juste derrière un autre soldat quand il a entendu des coups de feu tirés par ce dernier. Ben Laden se serait alors réfugié dans sa chambre où les Seals l’ont trouvé effondré sur le sol dans une mare de sang, avec un trou sur le côté droit de la tête. Ils ont ensuite tiré sur le corps inanimé plusieurs fois.

En février, le magazine américain Esquire a publié un long article racontant le raid, avec comme héros «The Shooter», «Le Tireur» (seulement identifié par ces mots), celui qui aurait donc tué Ben Laden. Le Tireur affirme que l'éclaireur de l'équipe a vu un homme au troisième étage –Ben Laden était le seul homme adulte que les militaires n'avaient pas encore trouvé–, a tiré une ou deux fois avant que l'homme disparaisse, et ajoute:

«Je ne crois pas qu'il l'ait touché, mais lui pense qu'il l'a peut-être touché.»

Le Tireur monte alors au troisième étage et finit par se retrouver face à Ben Laden, les mains sur les épaules d'une femme:

«Il avait une casquette et ne semblait pas blessé. Je ne peux pas en être sûr à 100% mais il était debout et il bougeait. Il la tenait devant lui. Peut-être comme un bouclier, je n'en sais rien. [...] C'est lui, boum, c'est fini.»

Sauf que voilà, CNN affirme que Le Tireur n'a pas tiré. Le site de la chaîne américaine a trouvé un troisième Seal prêt à témoigner –ce qui leur est formellement interdit– sur cette nuit-là, et d'après qui le récit du Tireur «est complètement bidon». D'après CNN, Mark Owen, Le Tireur et L'Eclaireur étaient les trois premiers hommes à arriver au troisième étage de la maison de Ben Laden. Et selon le témoignage d'un nouveau Seal, c'est L'Eclaireur qui a couru en haut des escaliers et a tiré dans la tête de Ben Laden, le blessant gravement.

«Après avoir descendu Ben Laden, L'Eclaireur s'est jeté sur les deux femmes qu'il a trouvé dans la chambre de Ben Laden, les prenant dans ses bras pour absorber l'explosion au cas où elles portaient des vestes piégées, ce que craignaient les organisateurs du raid.

Deux autres Seals sont entrés dans la chambre et, voyant le leader d'al-Qaida mortellement blessé au sol, l'ont achevé avec des tirs dans la poitrine.»

CNN n'est pas le seul média à démentir la version d'Esquire. Un blog spécialisé considère ainsi que le magazine s'est fait avoir par sa source.

The Atlantic Wire, qui résume toute la polémique, s'énerve devant ces allers-retours:

«Ça ne devait pas se passer comme ça! L'histoire de comment cette équipe de super soldats a atterri dans cette forteresse au milieu de la nuit et a tué le pire terroriste du monde est censée être une histoire sur un grand triomphe américain. A la place, on est coincés avec des médias qui cherchent à trouver des angles, et des récits conflictuels qui demandent aux lecteurs d'assembler leurs détails comme les morceaux pourris d'un puzzle casse-tête.

Tout ça pour dire que la lutte pour trouver qui a tué Oussama Ben Laden va bien au-delà d'une simple mission journalistique. C'est devenu un bras-de-fer stupide entre des entreprises médiatiques multi-millionnaires et des Navy Seals potentiellement mécontents et cancaniers.»

C.D.

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