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Le sauvetage de Chypre remet en lumière l'affaire Magnitski

Grégoire Fleurot, mis à jour le 13.04.2013 à 15 h 53

Une photo de Sergei Magnitski sur sa tombe à Moscou le 11 mars 2011, REUTERS/Mikhail Voskresenskiy

Une photo de Sergei Magnitski sur sa tombe à Moscou le 11 mars 2011, REUTERS/Mikhail Voskresenskiy

Aucun pays au monde n’a accueilli le plan de sauvetage de l’économie chypriote par l’Union européenne, rejeté quelques jours après son annonce par un vote du Parlement, avec plus d’hostilité que la Russie. Vladimir Poutine a qualifié le projet d’«injuste, non professionnel et dangereux», et exprimé son inquiétude face à des mesures «susceptibles de porter atteinte aux intérêts de personnes physiques ou morales russes».

Une machine à laver l'argent sale russe

Il faut dire que le plan, qui prévoyait une taxe importante sur les dépôts bancaires du pays en échange d’un prêt de 10 milliards d’euros de la zone euro et du FMI, menaçait directement les intérêts économiques de nombreux ressortissants et entreprises russes. Chypre est en effet devenu au cours des dernières décennies une véritable «machine à laver l’argent des criminels russes» grâce notamment aux accords fiscaux qui lient les deux pays. A Chypre, les entreprises écran peuvent rester anonymes, les banques sont discrètes et les impôts sont faibles.

Un rapport secret de l’équivalent allemand de la CIA (le Bundesnachrichtendienst, BND), divulgué en novembre 2012, décrivait le type d’opérations complexes par lesquelles des capitaux illicites russes étaient transférés vers Chypre. Résultat: les Russes détiennent entre 24 et 26 milliards d’euros dans les coffres des banques chypriotes, selon les différentes estimations, une somme bien supérieure au PIB annuel du petit pays méditerranéen.

L'affaire Magnitski

Une affaire en particulier illustre la fuite d’argent sale russe vers Chypre: l’affaire Sergueï Magnitski. Cet avocat russe qui travaillait pour le fonds d’investissement britannique Hermitage Capital Management avait découvert une énorme escroquerie fiscale de 175 millions d’euros, orchestrée par des policiers et des agents des impôts. Accusé à son tour d’évasion fiscale à la suite de ses découvertes, il est mort en prison en 2009 après un an de détention préventive.

Alors que l’affaire a entraîné des sanctions américaines à l’encontre des fonctionnaires russes impliqués, William Browder, le fondateur et PDG du fonds d’investissement, ne cesse depuis d’enquêter sur la mort de Magnitski, mais aussi sur ce qui est advenu de l’argent dont il avait dénoncé le vol. Et il est arrivé à la conclusion que 23 millions d’euros de cette somme ont atterri dans les banques chypriotes.

Pression européenne pour plus de contrôle

Mis sous pression par plusieurs pays européens, Chypre a été forcé d’ouvrir une enquête autour des transferts d’argent vers son système bancaire réalisés par les fonctionnaires accusés dans l'affaire Magnitski. Des hommes politiques de plusieurs pays européens ont réclamé au cours des derniers mois que la lutte contre le blanchiment d’argent et une enquête efficace autour de l’argent de l’affaire soient des conditions préalables à un plan de sauvetage du pays. Le rapport du BND allemand a en effet montré que Chypre ne faisait pas tout pour combattre le blanchiment d'argent.

Ironie du sort, le débat autour du projet de sauvetage de l'économie du pays intervient quelques jours à peine après la date à laquelle le procès posthume de Magnitski, vu par beaucoup comme un acharnement de la justice russe à son encontre, devait se tenir (il a finalement été reporté). Le lendemain de l’annonce du plan européen si nuisible aux intérêts de Moscou, la justice russe a annoncé qu’elle arrêtait définitivement son enquête autour des conditions de la détention et de la mort de Magnitski, affirmant qu’il a été arrêté légalement et n’a pas été torturé en prison. Des conclusions qui vont à l’encontre d'un précédent rapport du Conseil pour les droits de l’homme du Kremlin.

G.F.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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