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En Italie, blocage à tous les étages

Margherita Nasi, mis à jour le 16.03.2013 à 17 h 07

Quinze jours après les élections, les discussions en vue de la formation d'un gouvernement sont toujours au point mort. Normal, tout le monde a un intérêt à bloquer la situation.

Des députés du mouvement de Beppe Grillo à l'Assemblée, le 15 mars. REUTERS/ Remo Casilli.

Des députés du mouvement de Beppe Grillo à l'Assemblée, le 15 mars. REUTERS/ Remo Casilli.

En Italie, la Chambre des députés a finalement son président: il s’agit de la candidate du Parti Démocrate Laura Boldrini, élue au terme de la 4ème votation, samedi 16 mars. Il n’y a en revanche toujours pas de fumée blanche au-dessus du Palazzo Madama, siège du Sénat.

Dès vendredi matin, les commentateurs savaient que du blanc, il y en aurait surtout dans les votes: ceux du Parti Démocrate (gauche), du Peuple de la Liberté (droite, parti de Berlusconi) et du parti de Matio Monti Scelta Civica (droite). Ces élections sont pourtant importantes: ce n’est qu’une fois élus les présidents de la Chambre des députés et du Sénat que le président de la République entame les consultations pour former le nouveau gouvernement.

Comment se fait-il que, deux semaines après le scrutin, l’Italie cherche encore son exécutif? Qui est responsable de ce blocage?

Beppe Grillo

Le trublion des élections est souvent désigné comme le responsable du chaos qui règne aujourd’hui de l’autre côté des Alpes. C’est en effet aux élus grillini que revient la tâche de déterminer le gagnent du bras de fer qui se joue au Sénat entre Piero Grasso (PD) et Renato Schifani (PdL). Mais les élus du M5S votent encore massivement pour leur candidat Luis Alberto Orellana.

C’est là tout le paradoxe du M5S: dès vendredi, il s’agissait du seul mouvement qui a voté massivement pour ses propres candidats, contrairement aux autres partis qui votaient blanc. «Ce n’est pas facile d’expliquer à l’opinion publique que ceux qui votent blanc défendent les institutions, alors que ceux qui soutiennent un vote précis courent à la ruine», écrit à cet égard Stefano Folli sur Il Sole 24 ore.

Car ce vote est l’incarnation des refus systématiques de Grillo vis-à-vis des propositions de Pier Luigi Bersani. Le candidat du Parti Démocrate a essayé jusqu’à la dernière minute de nouer une alliance avec Grillo. Il a même suivi le M5S jusque dans l’hypothèse d’une arrestation de Silvio Berlusconi, condamné le 7 mars dernier à un an de prison pour violation du secret de l’instruction. Sans résultat: Beppe Grillo reste ferme dans son désir d’autonomie. Il préfère le suicide à un accord avec le parti de la gauche.

Dans une énième manifestation de défiance vis à vis des partis traditionnels, les députés M5S ont choisi, en attendant l’assignation définitive des places, de s’asseoir dans la partie supérieure de l’hémycicle. L’opération est baptisée «Fiato sul collo» (expression difficilement traduisible qui signifie «leur faire sentir notre présence dans leur dos»): ils veulent pouvoir «tout contrôler», explique sur son compte Facebook le député M5S Simone Valente.

Le Parti Démocrate

Le M5S n’est pas le seul à refuser des alliances. En fermant la porte au PdL de Silvio Berlusconi, le Parti Démocrate a exclu un autre scénario de sortie de crise: celui d’une grande coalition entre droite et gauche. Autant Bersani a tout fait pour convaincre Beppe Grillo, autant il a été clair sur son refus de s’associer au PdL de Silvio Berlusconi.

Jusqu’à la dernière minute, Bersani a donc bataillé pour que le M5S accepte son compromis: en échange d’une aide au Sénat pour élire un membre du Parti Démocrate, son parti aiderait Grillo à faire élire un membre du M5S à la tête de la Chambre des députés. Sans résultat: le Parti Démocrate a donc voté blanc vendredi.

Autre problème: la politique de Bersani est loin de faire l’unanimité au sein du parti, désormais scindé entre ceux qui comme lui sont partisans d’une entente avec le M5S, et les proches de l’ancien secrétaire du PD Dario Franceschini et du maire de Florence Matteo Renzi, moins enthousiastes face à l’option Grillo.

Le PdL et Scelta Civica

Encore deux partis qui ont voté blanc vendredi. Pourquoi? Plusieurs hypothèses. Le parti de Silvio Berlusconi espère que le Parti Démocrate cesse de chercher l’approbation de Beppe Grillo. Et milite pour un gouverment d’entente avec Bersani et le parti de Mario Monti: c’est la thèse défendue par Il Corriere della Sera.

Il Fatto Quotidiano évoque lui une autre stratégie: PdL et Scelta civica espèrent pouvoir exploiter les divisions internes du Parti Démocrate pour arriver, sur décision du président de la République, à un gouvernement technique.

La Ligue du Nord

Avec ses 17 sièges, la Ligue du Nord pourrait, dans une éventuelle coalition avec le centre gauche et le parti de Monti, participer à la conquête du Sénat. Le parti fédéraliste en soutien des démocrates? D’après il Fatto Quotidiano, l’option séduirait le parti, effrayé par un éventuel retour aux urnes qui ne ferait qu'affaiblir son score déjà maigre.

C’est sans compter le jeu de Monti qui, à quelques heures des élections, a fait savoir qu’il serait disponible pour prendre la tête du Sénat, en excluant ainsi une alliance PD-Ligue-Scelta Civica qui aurait abouti à l'élection de l’ancien ministre de l’Egalité des chances Anna Finocchiaro.

Toute la classe politique italienne

Alors que les hypothèses sur la responsabilité du blocage actuel sont multiples, les commentateurs s’accordent tous pour dénoncer la gravité de la situation. «Est-il possible qu’une centaine de vieux prêtres aient intercepté en peu de jours ce désir de changement que les politiques refusent de voir depuis des années?», s’interroge dans La Stampa Massimo Gramellini, faisant référence à l’élection du pape argentin Jorge Mario Bergoglio.

Stefano Folli déplore lui le «déluge de votes blancs»: l’abstention, qui permet de tergiverser dans l’attente d’accords politiques, transmet aujourd’hui l’image d’un Parlement paralysé et incapable.

M.N.

Margherita Nasi
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