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Les secrets du conclave dévoilés: ce qui explique l'élection de Jorge Mario Bergoglio comme pape

Margherita Nasi, mis à jour le 14.03.2013 à 16 h 11

Pourquoi François se retrouve-t-il pape? A cause des querelles intestines, de la Chine, des évangélistes et du digestif...

Le pape François entouré de cardinaux, le 13 mars 2013. REUTERS/Alessandro

Le pape François entouré de cardinaux, le 13 mars 2013. REUTERS/Alessandro

Après l’excitation et l’étonnement qui ont suivi la fumée blanche et l’élection d’un non Européen depuis près de 1.000 ans, la presse italienne décortique les mécanismes qui ont mené à l’élection de Jorge Maria Bergoglio. On découvre que l’élection, sur fond de rivalités, choix politiques et considérations géopolitiques, n’est pas si surprenante.

«C’est un pape que l’Eglise préparait depuis un moment, s’il est vrai que dès 2005 Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, était l’un des deux candidats forts du Conclave, soutenu par les réformateurs qu’il a lui-même convaincus à voter pour Ratzinger, afin d’éviter un choix plus conservateur», rappelle sur la Repubblica le directeur de la publication du journal Ezio Mauro.

La composition du Conclave a changé de près de 50% depuis 2005: Bergoglio bénéficie donc d’une haute et forte considération au sommet de l’Eglise. Et a tiré profit, cette fois-ci, des scandales du Vatican qui ont joué en sa faveur en fermant la porte au retour d’un pape italien. C’est-à-dire Angelo Scola, évêque le plus qualifié et connu.

Les anti-Scola

Giacomo Galeazzi, chroniqueur sur La Stampa, évoque d’autres raisons au désaveu de Scola, pourtant donné comme favori (dans un communiqué de presse erronné, la Conférence Episcopale italienne a même salué sa nomination): les motivations des non Européens «à exporter pour la première fois la papauté hors du Vieux Continent».

Mais il faut aussi prendre en compte les alliés des cardinaux Tarcisio Bertone et Angelo Sodano, très hostiles à Scola en raison de vieilles jalousies et rivalités. Bertone, par exemple, n’aurait jamais digéré le conseil de Scola au pape sur le retour en grâce de l’évêque négationniste Williamson. Enfin, les conclavistes proches de la communauté de Sant’Egidio (créée en 1968, après Vatican II, elle lutte contre la pauvreté, pour l'abolition de la peine de mort, contre le sida...) comme Crescenzio Sepe n’appréciaient pas que Scola soit proche du mouvement Communion et Libération, si éloigné de leurs points de vue.

Le vaticaniste Vittorio Messori, un des rares à avoir prévu l’élection de Bergoglio, parle lui de choix géopolitique. C’est ce qu’il explique dans le Corriere della Sera, en rappelant que l’élection de Karol Wojtyla aussi fut un choix politique, et un choix heureux:

«On a eu non seulement un des meilleurs pontificats du siècle, mais on a également fait paniquer la Nomenklatura de l'Union soviétique et de l’Est qui ne voyait pas d'un bon oeil un pape polonais.»

Il y avait aujourd’hui deux choix possibles du point de vue géopolitique, poursuit le journaliste: la Chine, avec l’archevêque de Hong Kong, John Tong Hon. Ce n’est pas Moscou mais Pékin qui aurait été effrayé, là où «le gouvernement –ne pouvant pas éradiquer les catholiques– a tenté de créer une Eglise nationale, détachée de Rome, en allant jusqu’à nommer les éveques».

Pour Vittorio Messori, le tour de la Chine viendra dans un prochain conclave, quand le régime sera affaibli et entamera son déclin.

L'Amérique du Sud, continent de l'espoir

Voilà pourquoi, comme l’a prédit le vaticaniste, c’est l’autre choix géopolitique qui a prévalu: l’Amérique du Sud. Il s’agissait d’un choix urgent, puisque «l’Eglise romaine est en train de perdre ce qu’elle considérait comme le Continent de l’espoir, continent catholique par excellence dans l’imaginaire collectif (...) Depuis le début des années 1980, l’Amérique latine a perdu près d’un quart des fidèles. Au profit des communautés, sectes, évangélistes et pentecôtistes financés par l’Amérique du Nord qui réalise le vieux rêve des Etats-Unis: mettre un terme à la superstition papiste dans ce continent», poursuit Messori.

Pourquoi un Argentin et pas un Brésilien, puisque c’est dans ce dernier pays que l’hémorragie est la plus forte? Pour Messori, les origines italiennes de Bergoglio, dont l’italien est la deuxième langue maternelle, ont joué en sa faveur: la réorganisation de la Curie a besoin d’un homme qui sache affronter des problèmes internes au Vatican.

A cet égard, le lieu décisif de ces deux jours de votes a été Santa Marta, la résidence des électeurs pendant leurs délibérations. «Ce qui s’est passé [mercredi] à 13h30 dans la Domus a plus de poids que les scrutins de la chapelle Sixtine», confie Giacomo Galeazzi. Bertone et Re ont garanti à Bergoglio leur soutien. «Pendant les déjeuners et les dîners, les cardinaux discutent librement et délibèrent des possibles conciliations entre différentes factions», poursuit Giacomo Galeazzi qui cite un électeur de Ratzinger:

«Depuis la Cène, les décisions importantes sont prises à table.»

C’est donc devant un plat de pâtes ou un digestif qu’on choisit qui va saluer la foule du balcon de saint Pierre.

M.N.

Margherita Nasi
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