Le nouveau pape continuera la guerre de l'Eglise contre les homosexuels et les femmes

Le pape Benoît XVI, au Vatican le 27 février 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

Le pape Benoît XVI, au Vatican le 27 février 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

Pourquoi cela ne sert à rien de s'interroger sur l'identité du prochain vieil homme qui siègera au Vatican.

L'annonce de la renonciation du pape Benoît XVI a donné lieu à des discussions et spéculations aussi excitées qu'inévitables sur les nouvelles directions que pourrait prendre l'église catholique.

Quand les rênes du pouvoir sont passées –que ce soit un changement de locataire du Bureau ovale, du trône ou du TARDIS–, nous suivons toujours le même scénario, qui inclut l'espoir que la prochaine personne sera celle qui enfin, enfin, mettra en place les changements que le spectateur attend depuis longtemps.

Mais je vous supplie de laisser tomber pour ce qui est du pape. Le genre d'homme qui s'assiera sous le chapeau fantaisiste ne changera pas plus que le chapeau fantaisiste. Cela devrait être évident, mais malheureusement l'Internet est rempli d'articles comme celui-ci, par Katie McDonough chez Salon, où elle a demandé à plusieurs catholiques progressistes quel changement pourrait être apporté à l'église par le nouveau vieux type qui siègera sur le trone du pape. Quelques exemples:

«Je retournerais au sein de l'Eglise si elle pardonnait les dettes du tiers-monde, autorisait les femmes à prendre une contraception, et si le Vatican vendait ses richesses pour nourrir et habiller ceux qui ont faim, ses ouailles...»

«J'espère que le prochain pape décidera d'insister moins sur Paul et davantage sur Jésus. Qu'il autorisera les prêtres à se marier, les femmes à la prêtrise...»

«L'église doit arrêter d'enseigner la honte. On apprend tellement jeune une croyance si profonde selon laquelle les gens sont par nature mauvais, l'idée même du péché originel, qu'on inculque un sens de culpabilité et de mal essentiellement depuis la naissance...»

Je me sens mal quand je pense que des gens ont perdu du temps à répondre à cette question sur ce qu'ils espéraient du prochain pape, parce qu'ils auraient pu utiliser ces deux minutes à des activités plus productives, comme regarder fixement des murs ou se gratter les oreilles.

Attention, spoiler: le prochain pape sera un vieux célibataire autoritaire choisi par d'autres méchants vieux hommes dans le but de dire au monde que Dieu en a après les homosexuels et les femmes. Il y aura aussi de l'encens, pour rendre l'affaire plus convaincante.

Ces dernières décennies, les autorités de l'église catholique ont très clairement fait passer le message qu'elles redoublaient d'efforts dans le sexisme et la punition obsessionnelle de toute relation sexuelle à but non procréatif.

Par exemple, l'église catholique moderne a sanctifié une femme qui est morte plutôt que d'avorter. Aux Etats-Unis, les autorités catholiques sont devenues agressives ces dernières années à propos de la contraception, passant d'une simple dénonciation au soutien de stratégies légales pour empêcher les femmes d'utiliser leur propre mutuelle pour acheter des moyens contraceptifs.

On parle de la même église qui a jugé sage d'excommunier une mère et un médecin qui ont aidé à empêcher une fille de 9 ans d'être forcée d'accoucher du bébé de son violeur, mais ne sont pas allés jusqu'à excommunier le violeur, parce que l'avortement est un péché «plus sérieux» que le viol répété d'une pré-adolescente qu'on vous a confié.

La colère contre les femmes arrogantes s'est même transformée en méchanceté envers les nonnes, dont le Vatican a expressément dit qu'elles devraient taire leurs opinions et accepter que les leaders masculins de l'église catholique américaine «sont les professeurs de foi et de morale authentiques de l'église».

Greg Mysko –interrogé lui aussi dans l'article de Salon– a le mieux résumé la vision réaliste de l'avenir:

«Ce serait rafraîchissant de voir l'église catholique adopter une vue réaliste en ce qui concerne la contraception et l'avortement. Mais je ne pense absolument pas que ça sera le cas, peu importe qui est choisi comme prochain pape. On peut choisir de nombreux chemins spirituels valides. Les catholiques ont un choix.»

Il est important de comprendre la différence entre l'espoir et le fantasme. Changer de temps à autre qui du groupe de vieux méchants hommes va être le plus important homme méchant et vieux ne va rien modifier. Rien que discuter la possibilité d'un réel changement donne à la hiérarchie de l'église plus d'autorité qu'elle ne le mérite. Quant à la spéculation actuelle sur qui sera le prochain pape, la meilleure réponse est simplement: «Quelle importance?»

Amanda Marcotte

Traduit par C.D.