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Elections italiennes: le scénario du blocage

Temps de lecture : 3 min

Emmené par Pier Luigi Bersani, le centre-gauche a remporté la majorité à la Chambre des députés, mais est au coude-à-coude avec le centre-droit de Silvio Berlusconi au Sénat. Le tout sur fond de percée de l'ancien comique Beppe Grillo et de déconfiture de Mario Monti...

Le dépouillement des élections italiennes à Rome, le 25 février 2013. REUTERS/Yara Nardi.
Le dépouillement des élections italiennes à Rome, le 25 février 2013. REUTERS/Yara Nardi.

Ingovernabilità: de l'autre côté des Alpes, on retrouve ce terme dans la bouche et sous la plume de nombreux observateurs des élections italiennes. Avec une Chambre des députés à gauche et un Sénat sans majorité, l’Italie semble ingouvernable.

D’après les résultats définitifs, la coalition de centre-gauche, emmenée par le patron du Parti démocrate Pier Luigi Bersani, remporte de justesse la majorité à la Chambre des députés. Mais au Sénat, personne n’atteint la majorité absolue, fixée à 158 sièges.

Le centre-gauche a obtenu 29,53% des voix pour les élections à la Chambre basse —le parti arrivé en tête est certain d'obtenir la majorité des sièges en vertu d'une prime au premier— et 31,63% à la Chambre haute. La coalition de Berlusconi, elle, fait 29,13% à la Chambre des députés (avec à peine 124.000 voix de moins que le centre-gauche) et 30,72% au Sénat.

Mais c'est dans cette dernière Chambre que les choses se compliquent, car la coalition de Bersani a obtenu seulement 119 sièges, contre 116 pour celle de Berlusconi. Aucune des deux ne peut donc contrôler le Sénat à elle seule. A la différence de la France, les deux chambres ont à peu près les mêmes pouvoirs, et si les deux sont de couleurs différentes, c'est un blocage presque assuré.

Une douche froide pour Bersani

Ces résultats constituent une douche froide pour le Parti démocrate de Bersani: les précédentes projections, diffusées juste après la fermeture des urnes, faisaient croire à une large victoire du centre-gauche avec un écart de près de dix points avec le Parti des libertés de Berlusconi. Craignant le scénario du blocage, le vice-président du Parti démocrate Enrico Letta a vite évoqué de nouvelles élections:

«Si c’est comme ça, on fera tout de suite une nouvelle loi électorale et on revote.»

La loi électorale en vertu de laquelle les Italiens votent est en effet régulièrement décriée, et même son créateur, l'ancien ministre de Berlusconi Roberto Calderoli, l’avait qualifiée de «cochonnerie».

Pier Luigi Bersani, après une journée de silence, est intervenu au cours de la nuit: «Nous gèrerons le résultat dans l’intérêt de l’Italie», a affirmé le secrétaire du Parti démocrate.

Le Cavaliere, au contraire, s'est montré plutôt satisfait de ces résultats. Alors que son retour semblait improbable il y a encore quelques mois, il a effectué une remontée spectaculaire. Sandro Bondi, l'un de ses lieutenants, a évoqué «un résultat extraordinaire que l’on doit uniquement et exclusivement à Silvio Berlusconi».

Berlusconi a exclu un retour aux urnes et a souligné la nécessité de «réfléchir pour le bien de l’Italie. Il y en a qui devront faire des sacrifices, mais l’Italie ne mérite pas de ne pas être gouvernée». Il a dit exclure un accord avec les centristes de Mario Monti et réfléchir à un possible accord avec le centre-gauche.

Beppe Grillo, «véritable vainqueur»

Il y en a un autre qui doit se réjouir: il s’agit de Beppe Grillo. Au-delà des coalitions, le Mouvement 5 étoiles est en effet le premier parti à la Chambre des députés, avec 25,5% des voix. Pour La Stampa, l’ancien comique est le «véritable vainqueur de ces élections. Le mouvement 5 Etoiles dépasse le seuil des 20%. Une percée inimaginable et qui remet en question les partis traditionnels».

S’il veut gouverner sans devoir s’allier avec Silvio Berlusconi, le Parti démocrate devra en effet trouver un accord avec les parlementaires du M5S, ce qu'il a commencé à évoquer et qui ouvrirait des scénarios de gouvernement totalement inédits.

Beppe Grillo a été l’un des premiers à s’exprimer personnellement lundi. Sur Twitter, celui qui a bâti sa campagne sur le dénigrement des partis traditionnels a annoncé que «l’honnêteté reviendra à la mode». Sur son blog, il a parlé d'une «nouvelle d'importance mondiale. [...] Nous serons une force extraordinaire. Nous serons cent dix au Parlement, mais dehors nous serons des millions».

Le vrai perdant de ces élections, enfin, est Mario Monti, qui n’atteint que 10% des voix environ dans chaque Chambre. Du coup, même en cas d'une hypothétique alliance entre la gauche et le centre du Premier ministre sortant, il n’y aurait pas de majorité. Les mesures d’austérité prônées par Monti, surnommé «Rigor Montis», semblent avoir durement affecté son score.

L’autre information importante de ces élections concerne la participation. Le taux est en baisse de plusieurs points par rapport au scrutin de 2008, avec 75% de participation, que ce soit pour les élections à la Chambre des députés ou celles au Sénat. La pluie a peut-être fini par décourager des électeurs qui se disaient déjà las des forces politiques.

M.N.

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