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La presse allemande salue le départ «avant-gardiste» de Benoît XVI

Annabelle Georgen, mis à jour le 11.02.2013 à 21 h 27

L'annonce soudaine de la «démission» du pape Benoît XVI suscite évidemment de nombreux commentaires dans la presse de son pays natal. Malgré la crise de confiance que traverse actuellement l'Église catholique en Allemagne, suite à la révélation d'actes pédophiles commis par ses membres pendant des décennies, la presse allemande réagit à cette décision avec respect.

À commencer par le Süddeutsche Zeitung, le grand quotidien régional de Bavière, la région dont est originaire le cardinal Joseph Ratzinger. Dans un éditorial intitulé «Respect, Joseph Ratzinger», le journaliste Oliver Das Gupta salue le geste du pape, qu'il qualifie de «sage» et «responsable», allant même jusqu'à qualifier cette renonciation d'«avant-gardiste», un comble pour le conservateur qu'il a été au long de ces huit dernières années:

«Le pontificat de Joseph Ratzinger est celui d'un homme anxieux. Si on devait lui donner un titre, ce serait: "Contre l'air du temps, pour la tradition". C'est avec véhémence que Benoît XVI s'est élevé contre la plupart des choses qui font la modernité –des nouvelles formes de parentalité à l'égalité de traitement entre hommes et femmes. [...] Avec ce retrait, unique dans l'histoire récente de l'Église, Benoît se comporte lui-même en avant-gardiste. Un vieil homme a le droit de quitter son poste, et ce même s'il est pape. Aujourd'hui, un petit bout de modernité a franchi l'enceinte du Vatican.»

Les réactions témoignant d'un profond respect vis-à-vis de la décision du pape se sont d'ailleurs multipliées au sein de la classe politique allemande tout au long de la journée, comme le rapporte Der Spiegel: pour la chancelière Angela Merkel, Benoît XVI «est et reste un des penseurs religieux les plus importants de notre époque», tandis que pour son futur adversaire aux élections fédérales Peer Steinbrück (SPD), «il a toujours incarné la voix de la paix et de la réconciliation dans les conflits importants à travers le monde». Le ministre-président de Bavière Edmund Stoiber (CSU, branche bavaroise de la CDU) s'est même laissé à dire que Benoît XVI est «le plus grand fils de Bavière».

Le quotidien de gauche Die Tageszeitung tire lui sa révérence au pape avec ironie avec une photo des plus éloquentes, le montrant la soutane plaquée sur le visage par une bourrasque de vent–, estimant que celui «qui devait nous étonner» n'a réussi à le faire qu'aujourd'hui en annonçant son départ, et lui reprochant d'avoir déçu les espoirs placés en lui:

«Au lieu de ça, Benoît XVI a fait de l'Église catholique une forteresse contre "la modernité", une communauté dont ceux qui sont fidèles et croyants sont enclins à se cramponner aux vieux dogmes.»

Quant au quotidien Bild, qui titrait fièrement il y a huit ans «Nous sommes papes», il s'intéresse à ses vieux jours, prévenant ses lecteurs que Ratzinger ne reviendra pas au pays, préférant déménager dans un cloître du Vatican.

A.G.

Annabelle Georgen
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Journaliste
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