Elections-US-2012USA 2012Monde

Pourquoi Romney a perdu

Jacob Weisberg, mis à jour le 07.11.2012 à 12 h 02

Il n’est pas parvenu à s’écarter de l’extrémisme grandissant du Parti républicain.

Boston, le 7 novembre 2012. Mitt Romney rejoint sa femme Ann après avoir prononcé son discours de défaite. REUTERS/POOL New

Boston, le 7 novembre 2012. Mitt Romney rejoint sa femme Ann après avoir prononcé son discours de défaite. REUTERS/POOL New

Ce qui risque d’être le plus douloureux pour les Républicains avec la réélection d’Obama, c’est que cette élection de 2012, ils peuvent se dire qu’ils pouvaient la gagner.

Lors des élections qui se sont déroulées dans divers pays européens ces dernières années, les électeurs ont systématiquement choisi de débarquer les chefs d’Etat qui se trouvaient aux commandes au pire de la crise financière, que ces derniers puissent ou non en être tenus pour responsables.

Aux Etats-Unis, les indicateurs économiques, avec un taux de chômage dépassant les 8% généralement synonyme de défaite pour le parti au pouvoir, pointaient dans la même direction. Obama lui-même a déçu bon nombre de ses anciens supporters, passant du statut de symbole positif de changement générationnel et social en 2008 à celui d’une figure détachée et lointaine, avec une capacité limité à toucher la corde sensible au sein de l’électorat.

Ses propres failles

Mais la défaite de Mitt Romney est également le reflet de ses propres failles en tant que candidat. La campagne d’Obama a placé très tôt Romney sur la défensive en insistant sur son bilan à la tête de Bain Capital, et il n’est pas parvenu à changer de posture. Le candidat républicain a fait un nombre incroyable de gaffes. La convention du Parti républicain qui l’a intronisée s’est soldée par un fiasco. Il n’est jamais parvenu à parler de lui-même ou de son programme de façon à ce que les électeurs de la classe moyenne puissent s’en sentir proches.

Mais même un candidat maladroit aurait pu battre Obama s’il n’avait pas eu à composer avec un facteur aussi simple qu’insurmontable: l’extrémisme grandissant du Grand Old Party. La stratégie du Parti républicain, consistant à faire de cette élection un référendum sur la manière dont le président avait géré l’économie était parfaitement sensée.

Le problème, c’est que le Parti républicain n’apparaissait pas plus crédible sur ce point. Même pour de nombreux électeurs désabusés d’Obama, il ne semblait pas très avisé de voter pour son adversaire.

Quelle pensée pour le GOP?

Cet échec a débuté avec le spectacle d’une primaire qui n’en finissait plus, dominée par des candidats dont les opinions étaient radicalement différentes du courant de pensée politique dominant. Rick Santorum rejetait la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Newt Gingrich contestait la notion de suprématie judiciaire. Michelle Bachmann affirmait que le gouvernement était noyauté par des extrémistes musulmans. Donald Trump refusait de reconnaître la validité du certificat de naissance d’Obama. Rick Perry souhaitait voir disparaître tant de pans du gouvernement fédéral qu’ont peinait à voir ce qu’il aurait pu en rester.

Au cours des débats, le pays a eu l’impression que le Parti républicain parlait tout seul et qu’il ressemblait à un parti bizarre, un peu marginal, pas à un parti de gouvernement responsable.

Romney n’est pas un homme d’extrême droite. Pour être désigné candidat, il a cependant dû feindre l’être, en se redéfinissant lui-même comme un «sacré conservateur» laissant de côté le côté raisonnable qui lui avait permis de devenir le gouverneur modéré de l’Etat le plus libéral des Etats-Unis. Il a été contraint de s’aligner ses vues sur celles de la base droitière de son parti sur les questions d’imposition, d’immigration, de changement climatique, d’avortement comme sur les droits des homosexuels.

Une droitisation forcée

Une bonne partie de ses prises de position sur ces sujets étaient manifestement peu sincères, mais cela n’avait malgré tout rien de rassurant. Cette insincérité et cette flexibilité rendaient peu probable que le candidat une fois élu soit en mesure de s’opposer à l’aile la plus conservatrice du Congrès davantage qu’il ne l’avait fait durant les primaires.

Les flatteries adressées par Romney à sa base ont permis aux stratèges d’Obama de le présenter comme un homme radicalement de droite dès le début de la campagne. La crainte de ne pas avoir assez verrouillé sa base a empêché Romney de se déplacer lentement vers le centre une fois désigné.

Elle l’a même encouragé à choisir Paul Ryan, figure populaire au sein du Tea Party, comme colistier. Et quand Romney a tenté, trop tard, de se rapprocher du centre, des candidats républicains au Sénat, comme Todd Akin dans le Missouri ou Richard Mourdock dans l’Indiana, ont multiplié les sorties peu ragoûtantes, réaffirmant les vues très rétrogrades du Parti républicain sur les questions des droits des femmes.

Pour les femmes, les latinos et les jeunes électeurs tentés d’abandonner Obama, l’ancien Romney pouvait apparaître comme une alternative crédible. Le nouveau Romney, pieds et poings liés à un Parti républicain surexcité, était un choix trop risqué. Selon un sondage de sortie des urnes, Romney a gagné le vote des hommes, comme attendu, mais a perdu 11 points chez les femmes –un écart trop important pour être comblé.

Les changements démographiques et une amélioration de la conjoncture économique risquent fort de barrer davantage encore la route de la Maison Blanche aux Républicains dans les années à venir.

Pour le dire simplement, le parti doit montrer un visage plus conciliant et plus raisonnable aux électeurs indécis. Pour cela, il doit laisser davantage d’exprimer ses voix modérées, se débarrasser de ses théocrates et se libérer des partisans enragés du Tea Party. 

Que commence donc le temps des récriminations chez les Républicains. Le défi qui attend leur parti est celui de l’examen de conscience et des réformes internes que les Démocrates ont entrepris après deux défaites consécutives face à Ronald Reagan. Il a désespérément besoin de ce mouvement de réforme centriste initié, au sein du Parti démocrate, qui avait permis l’élection d’un démocrate modéré du nom de Bill Clinton. Sans un renouveau de ce genre, l’élection de 2012 risquerait bien d’être moins perçue comme un accident que comme un mauvais présage.

Jacob Weisberg

Traduit par Antoine Bourguilleau

Jacob Weisberg
Jacob Weisberg (43 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte