« article précédent

article suivant »

Le statisticien Nate Silver, président des prévisions électorales

sxsw09-234 / nikolai36 via Flickr CC Licence By

A lui tout seul, il a été selon le site Mashable responsable de 20% du trafic du site du New York Times la veille de l’élection. Avec son blog fivethirtyeight.com, consacré à son modèle statistique de prédiction des résultats de l’élection américaine, Nate Silver a prédit deux jours avant l’élection qu’Obama avait autour de 90% de chances de l’emporter, avec 313 grands électeurs.

Nate Silver, âgé de 34 ans, se fonde sur un algorithme qui agrège tous les sondages pour déterminer ses estimations. En 2008, il a donné le bon résultat dans 49 des 50 Etats américains… Et n'a manqué que l'Indiana, où Obama a finalement perdu à 0,1% près. Si la Floride est remportée par Obama, Silver aura cette fois fait encore mieux, avec 50 prévisions vérifiées sur 50.

Son blog était donc très suivi au fil de la campagne électorale de 2012, et les lecteurs n’ont pas été déçus. Pour certains journalistes comme Karen Tumulty du Washington Post, Silver est l’autre vainqueur de l’élection.

«Depuis des semaines, il accordait plus de 70% de chances à Obama de l’emporter mardi, puis 80%, puis 90% dimanche dernier –tandis que les commentateurs, eux, ne cessaient de parler d’une “course serrée”», note l’agence canadienne Science Presse dans un article intitulé «Journalisme Scientifique 1 – Journalisme politique 0».

L'anti-commentaire politique et le triomphe des nerds

Dans son livre Expert Political Judgment: How Good Is It? How Can We Know?, le psychologue Philip Tetlock écrit que les experts en sciences politiques fréquemment invités à donner leur avis sur les plateaux de télévision ne prédisent pas mieux les résultats électoraux que le commun des mortels.

Un argumentaire repris par Nate Silver, très critique vis-à-vis du commentaire politique. Ce dernier se méfie des événements sur-commentés dans la presse qui font apparaître chaque rélévation ou surprise comme un tournant majeur de la campagne, apparentant le commentaire politique à une analyse de course de chevaux. «Les médias couvrent souvent la campagne d'une manière stupide», lâche-t-il en octobre dans le Daily Show de Jon Stewart. L'information politique? «Du divertissement qui se fait passer pour de l'information», poursuit-il.

Ainsi, alors que l’effet de la super-tempête Sandy est dans toutes les bouches, Nate Silver modère son impact le 4 novembre sur son blog et écrit que beaucoup de variables contribuent à la montée dans les sondages de Barack Obama.

Le président-candidat venait de recevoir de bonnes nouvelles sur le front de l’emploi, avec un chômage en baisse. Ses opérations de ciblage de l’électorat portaient leurs fruits, tout comme ses deux dernières prestations lors des duels télévisés l’opposant à Mitt Romney. «Ce n’est pas pour éliminer complètement les effets de l’ouragan» et de la bonne gestion de crise par le président, prévenait-il. Mais d’autres hypothèses pouvaient être plus déterminantes, «même si elles constituent des histoires moins spectaculaires».

Un modèle modeste qui corrige ses erreurs

Le modèle a évolué avec les sondages qui constituent sa matière première. Romney a fluctué dans les prévisions de Nate Silver, avec des niveaux allant de 13% à 40% de chances de l’emporter au cours de la campagne. Sans jamais toutefois dépasser Obama. Mais Silver n’a jamais considéré qu’une prédiction statistique devait restée figée. Au contraire: «Si vous avez des raisons de penser que la prédiction de la veille était mauvaise, il n’y a aucune gloire à s’accrocher à elle», explique-t-il dans le magazine Tech Crunch.

«Aussi différentes que puissent être nos élections de celles des Etats-Unis, poursuit Science Presse, un Nate Silver pourrait émerger autant au Québec qu’en France, et démontrer qu’un peu de science rehausserait la qualité de l’information. A tout le moins, pendant une campagne électorale.»

J.-L.C.

0 réaction

« article précédent

article suivant »

OUTILS
> taille du texte