MondeUSA 2012

Ne vous trompez pas, les Etats-Unis viennent d'élire un Républicain

William Saletan, mis à jour le 07.11.2012 à 8 h 23

Barack Obama n'est pas le «socialiste» que certains conservateurs redoutent. C'est un Républicain modéré.

A Chicago, Larry Downing / Reuters

A Chicago, Larry Downing / Reuters

Chers Républicains,

Désolé pour cette élection. Je sais combien ça fait mal de voir son candidat perdre. Ce n'est pas la première fois. Vous êtes tout bonnement atterrés. Vous ne pouvez pas croire que les Américains aient voté pour ce débile. Vous tremblez pour votre pays.

Mais reprenez du poil de la bête! Le type que nous venons de réélire est un Républicain modéré.

Je sais, ce que je dis semble complètement stupide. Barack Obama est à la tête du Parti démocrate. Depuis cinq ans, les politiciens et les médias conservateurs vous expliquent combien ce type est un socialiste enragé.

En plein cœur de la campagne, quand vous essayiez de le battre, cette image avait du mal à quitter votre esprit, de la même manière que les Démocrates avaient du mal à dépasser les caricatures de Mitt Romney. Mais aujourd'hui, maintenant que la campagne est terminée et que vous êtes face à un second mandat d'Obama, les mensonges de cette propagande ont de quoi vous soulager.

Dans l'ensemble, les réflexes d'Obama sont ceux d'un Républicain modéré. Ses décisions politiques sont celles d'un Républicain modéré. Il se situe là où le Parti républicain s'est un jour situé, et se situera peut-être un jour prochain.

C'est George qui a commencé

Oui, Obama a commencé sa présidence avec des plans de sauvetage, des plans de relance et de gros emprunts. Mais vous savez qui a commencé les renflouements le premier? George W. Bush.

Bush savait que dans un tel contexte effroyablement exceptionnel, il fallait sauver des industries. Et quand l'économie a commencé à reprendre des couleurs, Obama est arrivé avec un plan de réduction de la dette à 4.000 milliards de dollars, prévoyant 3 dollars à 6 dollars de réduction des dépenses pour chaque dollar de hausse fiscale.

C'est un ratio bien plus élevé que ce que les Républicains, selon un sondage Gallup, estimaient préférable. Un ratio bien plus conservateur que ce que George H. W. Bush avait accepté en 1990.

L'an dernier, pendant les débats sur le plafonnement de la dette, Obama avait proposé des coupes touchant la sécurité sociale, le Medicare et le Medicaid, en échange de revenus qui n'étaient même pas générés par des hausses d'impôts. Aujourd'hui, il suggère de baisser la fiscalité des entreprises, et les Républicains se morfondent sur les 716 milliards de dollars qu'il aurait pris au Medicare. Quel sacré socialiste.

Inspirations conservatrices

Oui, Obama a imposé le mandat individuel dans l'achat d'une assurance santé. Mais vous savez qui d'autre l'a fait? Romney. Et vous savez d'où vient l'idée? De la Fondation Héritage [think tank conservateur américain]. La responsabilité personnelle –l'idée que les gens doivent souscrire une assurance personnelle pour que la collectivité n'ait pas à sauver leur peau aux urgences et dans les hôpitaux– est un concept républicain. Idem avec la réforme de Wall Street: cela n'a rien de conservateur de laisser les institutions financières parier sur l'argent des autres pour, là encore, avoir ensuite à les renflouer.

Même la bourse du carbone proposée par Obama faisait écho au système de contrôle des émissions de CO2 fondé sur le marché avalisé en 1990 par l'administration Bush, ainsi qu'en 2008 par l'équipe de campagne de McCain. Et l'an dernier, quand l'EPA a mis sur la table une nouvelle limitation de la pollution atmosphérique, Obama a déclenché l'ire des écolos en la rejetant parce que cela pouvait mettre en péril la reprise économique.

Politique internationale bushiste

Vous vous rappelez comment les Démocrates rigolaient des renforts de troupes déployés en Irak par George W. Bush? Obama a fait la même chose en Afghanistan. Il a intensifié le programme drones, tuant plusieurs chefs d'al-Qaida. Il a envoyé le SEAL Team 6 au Pakistan débusquer Oussama ben Laden. Il s'est associé à l'Otan pour destituer Mouammar Kadhafi. Il est revenu sur sa promesse de fermer Guantanamo. Il a instigué un régime de sanctions, mondialement appliquées, pour mettre l'économie iranienne à genoux. Et c'est pour ça que Romney n'avait rien à dire le mois dernier, pendant le débat présidentiel sur la politique étrangère. Aucun Républicain sensé n'aurait fait les choses autrement.

Obama n'est pas pour autant un gros droitier. Les juges qu'il a nommés à la Cour suprême, ses choix en matière d'immigration ou sur les réductions fiscales de l'ère Bush pourraient vous poser quelques problèmes. Mais vous auriez probablement eu les mêmes avec Dwight Eisenhower, Richard Nixon ou Gerald Ford. Obama est de la même trempe. En somme, pas la peine de désespérer.

Ce 6 novembre, votre pays ne vient pas d'élire un socialiste. Il a voté pour le candidat de la modération traditionnelle républicaine. Par contre, ce qui devrait vous ulcérer, vous angoisser et vous pousser à réfléchir à l'avenir de votre parti, c'est que ce candidat n'était pas le vôtre.

William Saletan

Traduit par Peggy Sastre

William Saletan
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Journaliste
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